DELÉMONT
Née dans le chef-lieu jurassien, Léonie Renaud a grandi au rythme des cloches de Saint-Marcel et des trains qui traversent la Vallée. Aujourd’hui cantatrice reconnue sur différentes scènes, elle n’a pourtant jamais vraiment quitté le Jura. Entre souvenirs d’enfance, promenades au-dessus de la ville et premiers élans musicaux, la citoyenne de Blonay-Saint-Légier évoque ce territoire qui continue d’habiter sa voix.
Quel est le premier son de Delémont qui vous revient quand vous fermez les yeux?
Les cloches de l’église Saint-Marcel. Quand le vent était favorable, on les entendait jusque chez mon papa, à la rue des Hirondelles. C’est un son qui rythme le temps et qui me ramène immédiatement à l’enfance.
Quels artistes jurassiens vous inspirent?
Alexandre Voisard, évidemment, pour la musique de sa langue. Et puis il y a toutes ces femmes inspirantes, connues ou non: certaines figures politiques du Jura mais aussi ces femmes engagées dans la défense jurassienne à l’instar de Denise Béguelin que je voyais quand j’étais petite avec ma maman. Elles m’ont marquée.
Une chanson ou un artiste vous relie-t-il encore secrètement à votre adolescence?
Je dirais Jacques Brel… mais aussi les Red Hot Chili Peppers! J’oscillais entre ces deux univers. Et puis il y a une chanson de Jean Ferrat, «Nuit et Brouillard». Je l’ai beaucoup écoutée adolescente. C’est à cet âge-là qu’on commence à comprendre la portée des mots et de l’histoire.
Un lieu dans la Vallée où vous rêveriez de donner un concert intimiste?
Peut-être au Château de Domont. J’imagine très bien un concert baroque à la bougie dans le grand salon. Ce serait un cadre magnifique.

Quel endroit de la Vallée vous manque le plus aujourd’hui?
Un chemin au-dessus de Delémont, vers Sous-Cheynatte. C’est un lieu que j’aime beaucoup. J’y ai fait beaucoup de promenades.
Le premier lieu que vous revisitez quand vous revenez dans le Jura?
Chez mon papa, évidemment. À la rue des Hirondelles. Ma maman, elle, vit aux Pays-Bas.
Quel restaurant de notre district reste votre refuge gourmand?
La Bonne Auberge pour sa cuisine locale et son accueil chaleureux. Et puis j’aime aussi les métairies comme le Pierrberg: des lieux simples, authentiques, avec une atmosphère très jurassienne.
Un café ou un bistrot où vous aimiez observer les gens ?
Chez Werth. C’est un endroit très particulier pour moi, parce que la sœur de ma grand-mère y a passé sa vie. Aujourd’hui encore, une partie de ma famille y est liée. C’est un lieu chargé d’histoires.
Une balade que vous referiez demain sans hésiter?
Partir de la rue des Hirondelles à Delémont et marcher jusqu’à Montavon. C’est une très belle promenade, que j’ai faite souvent. La vallée est splendide.
Un endroit ou un magasin disparu que vous rêveriez de faire revivre?
Fournier Musique. C’est là que j’ai acheté mes premières partitions et commandé mes premiers CD. À l’époque, on attendait parfois des semaines qu’une partition arrive. Cela faisait partie de la magie.
Qu’est-ce que le canton de Vaud vous a apporté que la Vallée ne pouvait pas vous offrir?
D’abord le Léman. Cette grande «flaque» donne un sentiment de dégagement incroyable. Le paysage est très inspirant: on comprend pourquoi tant d’artistes y ont séjourné. C’est une région qui repose et qui nourrit l’imagination.
Et inversement: qu’est-ce que Delémont vous a donné que rien ne remplacera?
Le contact humain. Dans une petite région comme le Jura, on tisse des liens très facilement avec les gens. On se connaît, on se parle, on veille les uns sur les autres. Cette proximité m’a donné une grande facilité d’approche avec les gens.

Le moment où vous avez su que vous deviez partir pour chanter plus loin?
Quand j’ai obtenu une bourse pour aller étudier à Marseille, autour de 2012–2013. À ce moment-là, j’ai aussi décroché un rôle à l’Opéra de Metz, qui m’a ensuite engagée très fidèlement et le fait encore depuis presque 10 ans. Là, j’ai compris que ma carrière allait aussi se construire à l’étranger.
Votre plus beau souvenir de scène… et le plus fragile?
Le plus fragile remonte à récemment. Lors d’un concert au Festival du Jura, je me suis retrouvée avec une laryngite juste avant la représentation. Mes cordes vocales ne répondaient plus. J’ai dû chanter sous cortisone, en espérant que la voix tienne jusqu’au bout. C’est dans ces moments-là qu’on mesure la solidarité entre musiciens: l’orchestre m’a suivie au moindre geste.
Une personne de la Vallée qui vous a donné l’amour de la voix?
Marika Montini, ma première professeure de musique. Elle a été l’une des premières à m’encourager et me faire chanter dans un chœur d’enfants et à croire en ma voix. Et elle reste, aujourd’hui encore, très attachée à Delémont.
Une expression en patois que vous aimez?
Petite, j’entendais souvent les «aitcheu ouar» et «ça a du dgè» de ma grand-maman. Je les utilise aussi fréquemment en famille.
Si votre parcours était un opéra, quel en serait le titre?
Peut-être «Rigoletto». Gilda, le personnage de la fille du duc, traverse beaucoup d’épreuves mais reste fidèle à elle-même. Cette force intérieure me parle beaucoup.
Un rêve musical que vous aimeriez offrir à votre région natale?
Que le métier de musicien.e soit pleinement reconnu. On imagine souvent que la musique n’est qu’un divertissement, mais derrière chaque concert il y a des heures de travail, d’étude et de préparation. J’aimerais que cette dimension soit davantage perçue.
Une date importante dans votre agenda ?
Le 24 juin, l’ambassade suisse à Paris m’a invitée pour chanter et célébrer en avance… le 1er août! Je me sens profondément jurassienne, et c’est toujours un plaisir d’emmener un peu de cette identité avec moi lorsque je chante ailleurs.
Propos recueillis
par Luc Schindelholz