COURROUX
Entre concerts, collaborations et projets en préparation, Nwar et Zimmy s’imposent aujourd’hui comme des figures montantes d’une génération qui cherche à faire bouger les lignes du rap. Derrière ces noms de scène se cachent Quentin Zimmermann, 23 ans, de Courroux et Noa Scheurrer, 23 ans également, de Bressaucourt. Nous les avons rencontrés.
Ces deux artistes jurassiens évoluent depuis plusieurs années dans la scène rap régionale, avec des parcours différents mais une vision commune de la musique. Quentin Zimmermann, alias Zimmy, découvre la musique grâce au collectif 2.16 Productions, groupe bien connu dans la région delémontaine. Éducateur pour enfants dans une crèche, il explique avoir été porté par l’énergie du collectif et par les artistes plus âgés qui l’entouraient. «Ça m’a donné envie. Il y avait vraiment cet effet de groupe», explique-t-il.
Très vite, Zimmy développe aussi des compétences techniques. En plus de rapper, il apprend à enregistrer, mixer et produire lui-même des morceaux. Une facette qu’il apprécie particulièrement: «Je suis plus quelqu’un du studio». Pendant plusieurs années, il multiplie les collaborations sans forcément sortir de projet solo. Un choix assumé, motivé par l’envie de proposer un travail qui lui corresponde totalement. «Avant de faire plaisir aux autres, je voulais me faire plaisir à moi.»
Chez Nwar, la musique a commencé bien avant le rap. «Moi, à la base, j’ai fait 12 ans de guitare», raconte le jeune artiste de Bressaucourt. Influencé dans son enfance par les disques de Pink Floyd ou Supertramp que son père écoutait à la maison, il ne se destinait pas au rap. C’est à l’adolescence que tout change. En découvrant des artistes comme Roméo Elvis ou Lomepal, Noa se reconnaît dans les textes et les univers proposés. Il commence alors à écrire, à enregistrer et à se construire petit à petit un entourage musical.

Une collaboration née naturellement
Si les deux artistes travaillent aujourd’hui ensemble et sont montés le mois dernier sur la scène du festival Dritchino à Courgenay, leur collaboration ne s’est pourtant pas construite du jour au lendemain. Leur première rencontre remonte à plusieurs années, lors d’une séance studio qui donnera naissance à un premier morceau commun. Au fil du temps, les contacts se multiplient, avant qu’ils ne commencent réellement à travailler ensemble il y a environ deux ans. Depuis, les deux amis partagent bien plus que la musique. «On se voit tout le temps, on fait du sport ensemble, on écoute les mêmes artistes, raconte Nwar. On s’est rejoints sur plein de choses hors musique et du coup la musique devient encore plus plaisante.»
Cette proximité explique la fluidité de leur travail. Les idées naissent souvent spontanément, sans stratégie particulière. «Ce n’est pas forcé, insiste Zimmy. Même quand on ne fait pas de musique, l’un peut appeler l’autre en disant: “J’ai une idée, viens on essaye.”»
Une scène jurassienne en pleine évolution
Malgré une visibilité encore modeste, les deux artistes ont déjà accumulé de nombreuses expériences sur scène. Festivals, fêtes de village ou concerts plus intimistes: Nwar et Zimmy se sont construit un nom à force de persévérance. «C’est la bagarre», lâche Nwar en parlant de la recherche de concerts. «Comme pour chercher un emploi, il faut postuler à plein d’endroits.» Pour lui, comme pour Zimmy, la scène jurassienne reste parfois compliquée pour les artistes rap, un style qui souffre encore de certains clichés. «Les gens voient souvent le rap comme quelque chose de vide ou d’agressif», regrette Noa.
Les deux artistes essaient justement de casser cette image en travaillant avec des musiciens venus d’autres horizons. Ils collaborent notamment avec Simon Migy, musicien de jazz et étudiant en haute école de musique. «Le rap maintenant est très ouvert à d’autres styles, explique Zimmy. Ça enrichit énormément de travailler avec des gens qui viennent d’autres univers.» Pour Nwar, cette ouverture est essentielle. Lui qui a déjà collaboré avec plusieurs artistes jurassiens veut participer à faire évoluer la scène locale. «J’aimerais que notre musique soit écoutée ici et que les gens soient fiers de ce qu’on fait.»

Vers un film commun
Et la suite? Un projet commun est en préparation depuis plusieurs mois. Il prendra la forme d’une mixtape d’une dizaine de titres. «On a plein de sons prêts. Le projet devait déjà sortir l’année passée mais on a pris notre temps.» En parallèle, chacun continue aussi ses projets personnels: Nwar poursuit le développement de sa carrière solo après plusieurs sorties remarquées comme «Les pieds sur terre» ou «L’hiver nous rattrape». Quant à Zimmy, celui-ci prépare enfin la sortie de son tout premier véritable projet personnel, attendu depuis plusieurs années.
Mais leur plus grand chantier est ailleurs. Ensemble, les deux compères oeuvrent sur un film documentaire consacré à la musique dans le Jura. Un projet ambitieux qui devrait suivre pendant plusieurs années leur quotidien d’artistes, leurs concerts et les coulisses de la scène régionale. «Tout ce qu’on fait se fait au feeling et au mood», résume Nwar. Une manière sincère et spontanée de créer qui semble aujourd’hui porter ses fruits.
Alexander Loncke