PLEIGNE
Nicole Brosy, figure bien connue d’une librairie delémontaine, aujourd’hui retraitée, a tôt appris la morsure de l’absence: à 10 ans, elle a perdu son papa. C’est pourtant à cet âge-là, dans l’élan d’une confidence à son professeur, que la native de Pleigne se promet un avenir entre les livres: «Je veux devenir libraire!» Rencontre avec cette amoureuse des lettres.
Vous souvenez-vous du premier livre que vous avez acheté avec votre propre argent?
A 14 ans, grâce à un bon cadeau que j’avais reçu, j’avais acheté toute une pile de livres de poche dont Une chambre à soi de Viginia Woolf, Ainsi soit-elle de Benoîte Groult et L’Oeuf de Félicien Marceau.
Quel personnage de roman vous ressemble?
Jane Eyre de Charlotte Brontë. Ce roman m’avait profondément marqué avec des sujets tels que la recherche de l’égalité, de l’indépendance et de l’amour.
Quel livre vous a tenue éveillée toute une nuit?
Le dernier en date: Mon sous-marin jaune d’un romancier et poète islandais que j’adore, Jón Kalman Stefánsson. Une histoire merveilleuse, touchante et magnifiquement écrite.
Quelle phrase de lecteur ou lectrice entendue en librairie vous a le plus touchée?
J’avais conseillé un bouquin à une maman pour son petit garçon de 12-13 ans qui n’aimait pas du tout lire. Un mois plus tard, elle est revenue avec une photo de son fils en pleine lecture: «Il n’a pas pu le lâcher, vous avez un tome 2»? Cela m’a émue aux larmes.
Vous avez connu un métier-passion, non?
A 10 ans, j’avais déjà dit à mon prof, le Coco Moine, que je voulais être libraire! Encore maintenant je lis entre trois et cinq livres par semaine. Cette passion des livres a littéralement dévoré ma vie. Je n’ai aucun regret. Pas un seul matin je me suis dit «je n’ai pas envie d’aller travailler».
Un auteur ou une autrice que vous n’avez jamais osé inviter dans la librairie… mais que vous auriez rêvé de recevoir?
Nancy Houston, une écrivaine que j’adore. A chaque fois qu’elle sortait un livre, je me disais «Allez, c’est le moment de l’inviter!», mais je n’ai jamais fait ce pas.
Quel souvenir fort vous rattache encore aujourd’hui à Pleigne?
L’odeur du foin! Enfants nous râtelions le foin pour notre grand-papa qui avait une ferme. J’adorais aussi l’odeur de la terre quand on «creusait les patates».
Et Pleigne aujourd’hui, c’est…
C’est le plus beau village du monde! Les couchers de soleil y sont absolument extraordinaires et il demeure toujours au-dessus du brouillard.
Une rue, une vitrine ou un lieu de Delémont que vous avez vu changer et qui vous manque?
Le Lion. Un restaurant au Cras des Moulins qui réunissait toutes les générations. J’aimais bien aussi le Termin où l’on s’encanaillait!
Quelle personnalité jurassienne vous inspire ou vous a inspirée?
Valentine Friedli. J’ai trouvé complètement fou de voir cette femme toute seule au milieu d’hommes dans l’Assemblée constituante.
Quels sont vos restaurants préférés dans la région?
Depuis quelques années, je suis végane. Donc c’est un véritable défi de trouver des restaurants qui proposent un véritable menu. A la Bonne Auberge, au Victoria et au Komachi, tous à Delémont, j’ai vraiment pu avoir un vrai repas et pas juste des frites!
Quel livre d’un auteur ou d’une autrice de la région nous conseillez-vous?
La regrettée Yvette Wagner, une grande dame des lettres jurassiennes ; Léonie Adrover et son roman Le passage du soir que j’ai adoré ; Marie Houriet et Dorénavant mais aussi Rose-Marie Pagnard, Jean-Paul Pellaton, etc. Il faut aussi lire Alexandre Voisard évidemment! Mais il y en tout plein!
Un souvenir du collège à Delémont?
A vrai dire: je n’ai pas vraiment aimé… Le matin, tu quittes tes copains du village et en fin d’après-midi tu reprends le car postal pour rentrer à la maison et faire tes devoirs. Heureusement qu’il y avait les autres «externes» au collège pour créer un petit groupe.
Le Jura a-t-il influencé vos goûts littéraires? Si oui, comment?
Pas au début mais en tant que professionnelle, oui. J’ai découvert des auteurs et autrices fantastiques dans le Jura.
Quel mot du patois local mériterait d’être sauvé dans un poème?
«Baîchatte» (une jeune fille plutôt légère, ndlr). Mon grand-papa disait souvent «mais regarde-voir cette baîchatte!»
Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui aimerait ouvrir une librairie?
Si cette personne aime les gens, si elle aime échanger, si elle est ouverte et si elle a une bonne condition physique: je lui dirais «fonce»!
Une chose que vous auriez aimé entendre à 20 ans?
«Vas-y, n’aie pas peur, lance-toi. Même si tu te casses la figure, ce n’est pas grave!»