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Cultiver la biodiversité en construisant son bien-être

Au-delà des slogans, tout un chacun sait que la connexion régulière avec la nature est un des ingrédients de la recette du bonheur. Tout au bout de la commune, Jean-Daniel Voirol s’est installé en pleine nature au Folpotat il y a 10 ans pour se reconstruire en se dévouant à ce coin de terre. Rencontre et visite sur place.

© Victor Schweizer La Vallée magazine

SOULCE

Au-delà des slogans, tout un chacun sait que la connexion régulière avec la nature est un des ingrédients de la recette du bonheur. Tout au bout de la commune, Jean-Daniel Voirol s’est installé en pleine nature au Folpotat il y a 10 ans pour se reconstruire en se dévouant à ce coin de terre. Rencontre et visite sur place.

Quelle est votre histoire?

Jean-Daniel Voirol: J’étais imprimeur indépendant, 25 ans de boîte à mon compte, très actif dans mon village de Bassecourt. J’y suis né il y a presque 69 ans, en étant un des derniers à être né à la maison. En 2011, j’ai fait une immense dépression, le grand trou. J’ai perdu ma boîte, et tout le reste avec: tout ce qui était viable, tout ce qui était social, tout est tombé. J’ai vécu un temps en appartement, mais ça ne me convenait pas. Dans une annonce, j’ai vu qu’ils cherchaient quelqu’un pour la métairie du Folpotat. Je connaissais déjà la maison: quand j’étais plus jeune, je marchais beaucoup sur les crêtes du Jura, et je les connais bien, ces maisons isolées.

Comment étaient la maison et le terrain?

Rien n’avait jamais été entretenu. Il y avait du foin haut d’un mètre et des fourrés partout. Je me suis mis au travail, en commençant par la devanture de la maison… J’y ai trouvé les traces d’un ancien jardin et plein de cailloux. Après réflexion, j’ai fait mon plan de jardin, avec des espaces différents et des bordures, des zones de terre et des zones de pierres. Au bout de 10 ans, ça commence enfin à prendre du relief après un départ très horizontal. Aujourd’hui, on n’est pas loin de 70 variétés d’arbres dans ce jardin et une centaine d’espèces de fleurs.

Pourquoi ce jardin?

Le but, c’était de me refaire une deuxième vie. Avant, j’ai eu beaucoup de succès, j’étais très actif: travail, associations, un peu de politique, président des commerçants. Avec la dépression, j’ai perdu tout cela… Encore aujourd’hui, j’ai de la peine avec la paperasse. Alors je me suis servi de mes faibles connaissances de jardin, celles de ma grand-mère: petit, j’étais toujours à fouiller dans son jardin, à Bassecourt, avec elle. Je fais cela tout seul avec comme but de ne pas me laisser dépasser: le dépassement, c’est justement ce qui m’a mis à terre. En saison, c’est quatre à cinq heures par jour au jardin – il faut toujours être dedans.

Le jardin est désormais ouvert au public?

L’an passé, j’ai annoncé qu’il était visitable gratuitement. Les gens passent, voient les couleurs, descendent, pique-niquent, que je sois là ou pas. Ce qui me fait plaisir, ce sont les rencontres, de tout âge, de tout métier ; j’aime apprendre, moi aussi. Ceux qui passent une après-midi ici me disent que c’est le paradis: pas de bruit de moteur, le chant des oiseaux, le bruit des ruisseaux. C’est reposant, c’est nourrissant, pour l’âme. Ce n’est pas un jardin artificiel: je laisse la nature rentrer, beaucoup de plantes arrivent toutes seules, souvent par les oiseaux.

Est-ce que vous allez pouvoir rester ici?

J’espère bien… J’ai eu un conflit avec la commune, mon bailleur, qui gère les affaires de la bourgeoisie de Soulce, qui est le propriétaire du lieu. J’ai fait opposition et j’ai gagné la première étape, au tribunal, en janvier. Ça a duré une année, tout seul ici, à ruminer ; c’était dur et ce n’est pas encore gagné. J’ai dû apprendre à demander du soutien, ce qui n’est pas évident. Mais j’ai reçu beaucoup d’aide et de retours, ce qui m’a donné de l’espoir. Je ne me vois pas vivre ailleurs qu’ici.

Comment voyez-vous l’avenir?

Au-delà de cette épée de Damoclès juridique, j’aimerais développer des visites de classes, avec un petit exercice, un truc à faire ensemble dans le jardin ou un bricolage. Au-delà des scolaires, je veux aussi laisser venir, et ouvrir le lieu pour faire découvrir quelques plantes, on n’a pas l’occasion de voir toutes ces fleurs-là dans un jardin botanique classique. Je serais content d’accueillir ici des apprentis, des professionnels ou des jardiniers amateurs. Mon idée, c’est que ce jardin devienne une sorte d’outil didactique.

Propos recueillis
par Victor Schweizer

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