DELÉMONT
Certains visages incarnent l’âme de la ville. Celui de Théo Burri est de ceux-là: à l’époque derrière un comptoir, cet agitateur culturel donne aujourd’hui le tempo au sein du duo de stoner rock Kahfa et a pour projet de développer son tout récent label musical. Rencontre avec cet enfant de Delémont qui fourmille de projets.
Le noctambule delémontain qui, il y a de cela une dizaine d’années, s’est égaré dans les rues pavées de la vieille ville, a certainement échoué un soir au bar La Marmite à Clous, situé à deux pas de l’église Saint-Marcel, et s’est vu servir une mousse par le tenancier Théo Burri. Si aujourd’hui, Théo, la trentaine bien entamée, a tiré le rideau de son bistrot, il porte plusieurs casquettes dans des domaines divers et variés, toujours avec un esprit d’indépendance farouche.
«Après avoir tenu la Marmite à Clous de 2014 à 2017, j’ai intégré le domaine de la logistique, notamment à la Poste avant de devenir maître d’apprentissage dans la branche, retrace l’intéressé. J’ai également officié en tant que commercial pour la Brasserie Blanche Pierre à Delémont et pris place au conseil de ville.»
Servir des verres… puis sortir des albums
En feuilletant son CV en forme de couteau suisse, le domaine de la musique occupe une place prépondérante. Au début de l’aventure, il y a le groupe punk-rock Jungle urbaine puis, quelques années plus tard, un autre groupe punk, Komatix. C’est d’ailleurs au sein de cette formation que Théo Burri fera la connaissance de Claudio Peragine, une rencontre qui donnera naissance au groupe actuel Kahfa.

«Comme avec Claudio, nous avions toujours de l’avance en arrivant aux répétitions, nous avons commencé à “jammer” ensemble. L’idée de monter le duo Kahfa nous est venue ainsi»
détaille le Delémontain.
Kahfa, c’est en quelque sorte un laboratoire sonore aux influences multiples, où Théo officie au chant et à la guitare alors que Claudio a pris place derrière la batterie.
«On se définit comme du rock qui poutre! Mais les gens diraient plutôt qu’il s’agit de stoner metal. L’aventure a commencé en 2020 durant le covid et nous avons sorti jusqu’ici trois albums, dont un sur un label italien spécialisé dans ce style.»
Fort de cette discographie prolifique, Kahfa a donné une cinquantaine de concerts bien au-delà des frontières jurassiennes. «Nous avons roulé notre bosse dans le sud de la France et beaucoup en Suisse allemande», commente Théo, avant de nous en dire plus sur l’avenir du duo:
«Nous travaillons actuellement sur un nouvel album qui devrait voir le jour en 2027. Et de mon côté, j’ai également un projet solo de punk-rock, répondant au nom de Nihil Nisi, qui revient quelque peu aux sources et à ce que je faisais avec Jungle Urbaine, avec le côté nostalgique en plus.»
Autre fait marquant dans l’histoire de Kahfa, une pédale d’effet porte désormais le nom d’une de leur chanson. Pour les non-initiés, il s’agit d’un petit appareil électronique contrôlable au pied servant à appliquer un effet au son émis par un instrument de musique, dans le cas présent, une guitare électrique, bien évidemment!


«La société bâloise RHPF Electronics a organisé un concours en ligne pour gagner une de leurs pédales d’effet. J’ai participé et leur ai envoyé un petit mot sympa avec en lien notre chanson intitulée “Capharnaüm”. L’entreprise nous a fait savoir qu’elle recherchait exactement notre son de guitare et qu’elle aimerait le reproduire dans une de ses pédales. Ils nous ont donc proposé une collaboration: “On sort la pédale et on la nomme capharnaüm!”. Ça c’est goupillé en deux coups de fil!»
détaille le guitariste.
Fédérer une communauté
En retraçant le parcours de Théo Burri, il va de soi qu’être le patron d’un bar ne fut pas qu’une question de boisson pour ce Jurassien, mais plutôt une manière, déjà, de fédérer une communauté. «Cela m’a apporté beaucoup de connexions.» Fort cette expérience, celui-ci a appris à sentir ce qui faisait vibrer les gens, et cette envie de rassembler se retrouve logiquement aujourd’hui dans la philosophie de son tout nouveau label Dahu sonore.

«Je vois que les groupes galèrent, souvent ils ne connaissent pas les démarches à entreprendre afin de sortir un album. Il est vrai que c’est plutôt compliqué: tout cela demande du temps et un réel investissement. Dès lors, après avoir aidé quelques groupes régionaux dans ce type de démarches en étant la “petite main” derrière, l’idée m’est venue d’officialiser tout cela en créant le label de services et conseils Dahu sonore. Proposer un accompagnement, mais également se poser la question de l’identité du groupe, ce que l’on veut proposer sur scène…. Si je ne me trompe pas, plus de 100 000 chansons sortent quotidiennement sur la plateforme Spotify. Sortir du lot est une mission quasi impossible! Comme j’ai un petit bagage en marketing, je vais le mettre à profit pour aider les musiciens d’ici et d’ailleurs»
conclut Théo Burri.