DELÉMONT
Le Théâtre du Jura a accueilli fin septembre le spectacle «La Médaille ou à chacun son monstre». Un voyage théâtral adapté d’un conte de Marie-Thérèse Picard et accompagné en direct par le pinceau et les découpages poétiques de l’illustratrice jurassienne Débora Beuret-Strambini. Rencontre avec l’illustratrice qui nous parle de son travail.
Un spectacle sur scène faisant écho à un livre, ou l’inverse, c’est selon… Toujours est-il que le projet a pris son envol suite à une rencontre, un hasard, et le journal de vie dessiné de l’illustratrice jurassienne Débora Beuret-Strambini en est le point de départ. «J’ai rencontré la Marielle Pinsard dans un restaurant, il y a maintenant quelques années, nous confie l’artiste. J’étais en train de montrer un de mes cahiers de dessin à une amie et la metteuse en scène était alors assise à la table juste à côté. Intriguée, elle s’est approchée de notre table afin de regarder de plus près mes dessins. Elle m’a ensuite demandé si elle pouvait m’emprunter mon cahier. Voilà le début de l’histoire et de notre collaboration!» De fil en aiguille, les deux femmes échangent autour de ces croquis, dans lesquels figurent de nombreuses histoires d’enfants, Débora Beuret-Strambini étant maman de trois garçons.



«Marielle Pinsard avait de son côté eu vent d’une histoire de la conteuse Marie-Thérèse Picard, de Guyane, poursuit Débora. Son conte intitulé La médaille a tout de suite fait écho à mes dessins. Dès lors, Marielle Pinsard a eu l’idée de mettre ce conte en scène. Elle m’a alors transmis ce texte qui m’a toute suite parlé et pour lequel j’ai fait une série de dessins.» L’illustratrice et la metteuse en scène avancent ensemble dans ce projet. «Nous y avons vu de la matière pour de la scénographie et une ambiance visuelle pour la pièce et avons commencé à travailler ensemble en parallèle», explique Débora Beuret-Strambini, qui, dans la foulée, a sorti ce printemps le roman graphique intitulé La médaille. «C’est la même histoire, et cela fait écho à la pièce de théâtre qui a été jouée au Théâtre du Jura. Quant au titre, celui-ci est quelque peu énigmatique et n’est pas le cœur du sujet: dans l’histoire, les acteurs tombent sur une médaille qu’on peut également voir comme une double face», détaille la Jurassienne de 47 ans, qui réside actuellement à Yverdon.
Pour tous les âges
A écouter Débora Beuret-Strambini, cette création de théâtre jeune public l’a tout de suite enthousiasmée et ce malgré le propos délicat de cette œuvre. «Le texte de base qui a été écrit par l’enseignante Marie-Thérèse Picard parle de violence familiale. Si, dit comme cela, cela peut paraître un peu dur, il n’y a pas que ça. L’histoire évoque plutôt nos peurs, nos parts d’ombres, et il y a plusieurs manières d’aborder cette pièce et de la comprendre. On parle de choses difficiles, mais cela n’est pas traité de manière à noyer le poisson, ni de manière frontale, insiste la Prévôtoise. Nous avons un public de tous les âges lors de nos représentations et la pièce s’adresse à toutes et tous, de même que le livre qui est classé dans le rayon jeunesse en bibliothèque.»

Une véritable touche-à-tout
Le travail de Débora Beuret-Strambini met en lumière la puissance de l’imaginaire comme force de transformation et de résistance. En véritable touche-à-tout, ses créations prennent vie sur différents supports. «En travaillant sur la pièce ainsi que sur le livre, j’ai développé plein de choses différentes. Des planches originales, des boîtes à monstres, des animations à l’eau et autres installations. Sur scène, j’ai une espèce de “four à pizza” avec une caméra à l’intérieur. Tout ce que je fais, touche et manipule, est projeté au fond de la scène en direct sur une grande toile. Il y a également une bruiteuse sur scène et trois comédiens qui m’accompagnent», décrit notre interlocutrice.

Son univers se veut enfantin, certes, mais pas naïf. Les petits comme les grands peuvent y trouver leur compte. Entre les mains de l’artiste, tout est atypique, toute matière prend vie et devient un outil de création dans son imaginaire virevoltant. Ajouté à cela un parcours «monstrueux», entendre par là un parcours de vie bien rempli: «J’ai commencé d’étudier à l’Académie de Meuron à Neuchâtel, puis à l’Ecole d’Art du Valais et enfin à l’Ecole d’Arts Visuels à Bienne où j’ai obtenu mon diplôme en graphisme et illustration. Actuellement je suis illustratrice-graphiste au Studio KO à Yverdon. En parallèle, j’ai fait quelques expositions de mon travail dans la région et collabore donc avec la Compagnie de théâtre Marielle Pinsard», retrace Débora Beuret-Stambini, qui, décidément pas à court de projets, exposera également ses œuvres à la fin de cette année et début 2026 au Centre Culturel de la Prévôté à Moutier.
Romain Gogniat