DEVELIER
CEO de la division Précision High-Tech du groupe Acrotec, Marjolaine Cordier a posé ses valises à Develier il y a 18 ans avec son mari architecte, où leurs deux enfants sont nés. Nouvelle vice-présidente de la chambre de commerce et d’industrie du Jura, elle est notre dernière invitée de 2025.
Quel lieu vous donne le sentiment d’être «une étrangère bien accueillie»?
Depuis fin 2022, ma famille et moi ne sommes plus des étrangers, puisque la Suisse nous a alloué le droit de cité! Sinon je répondrai directement: mon village, Develier. Même si je suis encore cataloguée comme étrangère – c’est un peu l’histoire de ma vie – je me sens toujours très bien accueillie. Fille d’une Basque et d’un Normand, j’ai déménagé de l’ouest de la France à l’âge de six ans pour rejoindre l’Alsace et y suis restée jusqu’à 23 ans. Même là, je n’ai jamais été considérée comme une vraie Alsacienne.
Avez-vous dû apprivoiser une particularité du caractère jurassien en arrivant ici?
Il a fallu se faire une place dans ce monde parfois un peu rustre de la mécanique conventionnelle mais les résultats aidant, j’ai pu faire ma place et être respectée.
Depuis trois ans, vous partez régulièrement à l’étranger pour votre travail. Compliqué?
J’ai la chance de n’être jamais partie plus de deux semaines de suite, mais ce qui me manque c’est quand je passe à côté d’événements familiaux importants. Heureusement, je peux compter sur l’appui de mon mari et la compréhension de mes enfants.
Qu’est-ce qui est le plus jurassien dans votre manière de diriger?
Mon franc-parler. Les Jurassiens ne tournent pas autour du pot pour dire ce qu’ils pensent même si, parfois, cela occasionne un manque de diplomatie.
Quelle qualité jurassienne vous inspire le plus au sein de votre entreprise?
Je suis admirative des compétences techniques de la Suisse et plus particulièrement des connaissances en mécanique de l’Arc jurassien. J’espère qu’on saura préserver ce précieux savoir.
Quelle est la dernière fois que vous avez eu un vrai fou rire au travail?
J’en ai assez souvent! On rigole tous les jours, souvent en ironisant sur des situations complexes qu’on a à gérer. Ça aide parfois à supporter la pression et le stress. Comme dirait mon mentor, François Billig: «On peut être sérieux sans être triste!»
Pour couper complètement du travail, quel est votre refuge?
Pour m’évader, je suis mes enfants dans leurs activités sportives respectives (football et équitation) ou je vais promener ma chienne dans les alentours.
Quelle saison de la Vallée vous ressemble le plus?
Le printemps, saison durant laquelle j’ai amassé une tonne de souvenirs grâce à des balades improvisées ou des évènements tels que le Slow up ou les premières fêtes qui pointent le bout de leur nez.
Un panorama à nous suggérer?
J’ai invité mes proches pour mes 40 ans au chalet des amis de la nature à la Haute-Borne au-dessus de Delémont. Avec un ciel dégagé, ce lieu propose une vue magnifique sur la Vallée.
Quelle commune vous semble la plus sous-estimée?
A mon humble avis, ma commune aurait l’opportunité de rayonner davantage. Quelques magasins ouverts récemment ont redynamisé le village. Il ne manque plus qu’un restaurant au centre.
Si vous deviez faire découvrir un seul produit jurassien à quelqu’un venu de France, ce serait lequel?
C’est dans nos habitudes de faire découvrir la fondue de Bourrignon à nos amis. On l’exporte même de temps en temps à nos proches qui passent commande!
Quel restaurant du coin incarne pour vous «l’âme du Jura»?
Depuis que je suis en Suisse, j’ai passé de nombreuses soirées à La Croix Blanche, chez l’Oli à Delémont. C’est mon «âme du Jura à moi»!
Un repas typique du dimanche soir chez les Cordier, c’est quoi?
On fait souvent «Abendbrot» c’est-à-dire pain-fromage. Mais quand on a le temps, on se mijote un bon petit repas plus élaboré.
S’il existait un «guide Michelin du Jura», quel petit resto mériterait selon vous sa première étoile?
J’aime beaucoup les restaurants du Mexique et du Victoria à Delémont mais pour une étoile je dirais le Soleil à Châtillon.
Un petit plaisir coupable que vous assumez pleinement ?
Quand l’occasion se présente un petit Aperol Spritz ou un Amaretto sour accompagné d’une planchette apéro.
Quelle femme jurassienne vous a inspirée ou impressionnée?
Mme Baume Schneider. Je ne la connais pas personnellement mais son accession au Conseil fédéral m’a particulièrement impressionnée.
Une expression que vous avez adoptée sans vous en rendre compte.
Tous les jours, j’utilise des expressions suisses («arrête de guigner», «ça joue?», «j’ose») et les articles devant les prénoms… mais je me trompe toujours en appelant la tresse, «la brioche»!
Une tradition locale que vous avez découverte ici et que vous ne rateriez plus pour rien au monde?
J’ai découvert la dynamique des villages via leurs associations, et notamment l’organisation annuelle de camps de ski qui sont une opportunité unique pour renforcer les liens des jeunes au sein d’un village autour d’une activité typique du pays.
S’il fallait résumer votre vie dans la Vallée en un titre de chanson… lequel choisiriez-vous?
«Que serais-je sans toi» de Jean Ferrat ou «Je ne regrette rien» d’Edith Piaf. Que serais-je sans le Jura?
Propos recueillis par
Luc Schindelholz