DELÉMONT
Niché sur les hauteurs du chef-lieu, le CABI est peu connu des habitants de la Vallée mais travaille pourtant sur des questions qui concernent tout le monde. Depuis son installation vadaise en 1958, le centre rayonne sur toute la planète avec ses recherches dans le domaine de la lutte biologique contre les parasites et les espèces invasives.
Depuis 1948, le CABI dispose d’une importante base helvète, d’abord vers Zurich, déplacée à Delémont 10 ans plus tard, pour se rapprocher de la nature, sous l’impulsion de sa direction d’alors qui était d’origine jurassienne. Un peu avant le domaine du Domont, la «maison des mouches» accueille donc «32 employés permanents, sur environ 500 dans le monde entier, 12 nationalités différentes, mais tout le monde vit dans la région» explique Wade Jenner, directeur de l’institut depuis 2021. Cette organisation mondiale à but non lucratif est détenue par 48 pays membres.
Le ministre de l’agriculture Stéphane Theurillat se réjouit de la présence du CABI dans la Vallée, autant
«pour la fierté d’avoir cet institut de référence internationale installé dans le canton que pour son utilité concrète pour les agriculteurs de la région».
Fondé en 1910 pour fournir solutions et connaissances aux agriculteurs des colonies de l’empire britannique, sa mission reste identique aujourd’hui: trouver des moyens biologiques – donc naturels – de lutter contre les invasions de plantes et d’insectes exotiques. Pour ce faire, un principe: les espèces invasives qui se déplacent doivent avoir un prédateur – un autre insecte, une plante – dans leur environnement originel et qui pourrait stabiliser la population de l’espèce problématique dans le biotope envahi.
«Par exemple, la mouche Suziki abime les fruits en y pondant bien avant leur maturité, ce qui crée de grosses pertes de récoltes dans les petits fruits comme les cerises ou les baies», explique le directeur. La parade naturelle identifiée par le CABI?
«Un petit parasite, qui vient de son environnement de base, qui grandit dans le corps de la mouche et la tue. Actuellement, on fait des relâchements à très petites échelles qui donnent de très bons résultats et nous sommes prêts à passer à la vitesse supérieure.»
Et régler le problème pour de bon? «Malheureusement, une fois qu’un insecte invasif est installé, c’est impossible de l’éradiquer», confirme le biologiste d’origine canadienne qui a fait une grande partie de sa carrière ici (voir encadré). «Mais ces méthodes aident vraiment les producteurs, avec de meilleure récolte et moins de traitements chimiques.» Une fois validée, cette méthode sera diffusée dans le monde entier, partout où la mouche crée des dégâts.
Parmi d’autres grands projets récents, le CABI a été à la pointe de la lutte contre les invasions de frelons asiatiques.
«Au début, notre rôle a été de comprendre son arrivée dans la Vallée, de trouver l’ennemi. Nous sommes bien connectés aux apiculteurs, parce que ce sont eux qui souffrent le plus, et nous appellent, presque chaque jour. Maintenant, nous aidons autant à la détection qu’ à la destruction des nids.»
Pour le ministre de l’Environnement Jean-Claude Lachat, ces espèces invasives sont un «vrai péril», qui va continuer à s’intensifier en créant des dégâts «pas seulement à l’agriculture mais aussi à tous les espaces verts». Puisque pour lutter, la meilleure méthode reste «de trouver des antagonistes naturels», c’est une immense «chance pour nous de pouvoir s’appuyer sur le CABI qui est un pionnier de cette orientation scientifique».
Victor Schweizer