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Une réhabilitation qui prend forme aux Condor 

Le projet de revalorisation et de reconversion de la friche industrielle des anciennes usines Condor avance. Jusqu’ici, le site a accueilli nombre d'événements culturels et abrite actuellement divers artisans et entrepôts de stockage. Tour d’horizon avec l’architecte Marlon Biétry.

© Crédit: Florian Amoser

COURFAIVRE

Le projet de revalorisation et de reconversion de la friche industrielle des anciennes usines Condor avance. Jusqu’ici, le site a accueilli nombre d’événements culturels et abrite actuellement divers artisans et entrepôts de stockage. Tour d’horizon avec l’architecte Marlon Biétry.

Gentiment mais sûrement! Tel pourrait être l’adage en parlant de l’avancée du projet de reconversion de l’ancienne usine de vélos et motos jurassienne, aujourd’hui muée en véritable laboratoire de réhabilitation de friches industrielles. Racheté en 2012 par Rainier Biétry, le site Condor poursuit sa mue.

«Au moment du rachat de l’usine par mon père, j’étais en études d’architecture. Entre le bachelor et le master, j’ai effectué un stage en lien avec l’usine Condor et, c’est à cette occasion que nous avons procédé aux premiers relevés et que nous avons commencé à nous occuper de la gestion du site. C’est seulement à partir de 2015 que nous avons réellement pris cela en main»

informe Marlon Biétry, habitant du Landeron, ayant un pied-à-terre en Haute-Sorne. 

D’abord un projet «transitoire»

Le jeune architecte de 32 ans est actuellement occupé à plein temps sur le site Condor. «Nous gérons le tout en petite équipe, avec mon père et ma sœur, mon amie ainsi que deux ouvriers qui s’occupent de la construction. Toutefois, ce n’est pas encore possible d’avoir un projet d’assainissement global pour le site, il y a encore bon nombre d’études à faire en parallèle.»

Crédit: Florian Amoser

Mais cela n’empêche pas cette équipe d’avancer: «On s’est dit qu’il fallait quand même ramener de l’activité petit à petit, simplement déjà pour avoir un certain rendement et imaginer des financements pour des projets futurs. Cette phase nous a occupé ces cinq dernières années: mettre en place un projet qu’on dira transitoire, c’est-à-dire temporaire, mais il ne concerne pas l’assainissement global du bâtiment. Nous prenons ce qui existe, nous l’adaptons, par exemple nous montons des cloisons pour du stockage, nous réglons divers problèmes liés à la toiture, à la distribution électrique… Et nous avons d’ores et déjà créé une cinquantaine de locaux mis à la location qui sont quasiment tous occupés.»

Et qui a opté pour ces espaces? «Environ 80% de la surface est actuellement louée pour du stockage non chauffé. Il y a également des activités dans l’ancien bâtiment administratif et celui technique, qui eux sont chauffés et occupés par des artisans et des indépendants qui ont de petits ateliers», détaille l’architecte.

Les friches industrielles jurassiennes comme modèles

Quant à la construction et aux futurs assainissements des bâtiments, les propriétaires sont partenaires au sein d’un projet labellisé «Innosuisse». «Ce sujet d’études mené par Swissrenov est axé sur les friches industrielles dans le canton du Jura. Par ailleurs, nous sommes l’un des trois démonstrateurs avec la friche SAFED à Delémont ainsi que l’ancienne usine de filature de laine FLASA à Alle. L’étude aborde tous les sujets complexes liés à l’assainissement de ce genre de sites pour leur permettre de continuer à vivre», relate Marlon Biétry, qui pointe qu’«au delà de l’aspect de gestion et de propriété, le grand volet est lié à la construction et à l’assainissement de ces bâtiments».

Crédit: Florian Amoser

Ainsi, les enjeux sont de taille dans ce domaine. «Tous les matériaux existants de ces friches industrielles ainsi que toutes les ressources en matériaux sont conservées ou transformées pour être réutilisées localement, pointe le professionnel. De ce fait, l’aspect d’économie circulaire et de développement durable y est présent. Sur la trentaine de partenaires participant à cette étude, il y a beaucoup d’acteurs de la construction qui viennent du Jura. Dès lors, nous avons adopté une approche durable, dans le sens où nous développons le site un peu plus doucement, avec des investissements moins conséquents. Si le projet est alimenté par nos propres revenus, on aura quelque chose de plus durable au niveau économique. Et pour pallier ça, nous avons décidé que les bâtiments qui ne sont pas raisonnables à chauffer sont dédiés pour l’instant uniquement à du stockage.»

Une décision qui porte ses fruits, notamment sur la plan économique. «Cela nous apporte une grande réduction de la consommation d’énergie, et nous avons par la même occasion revus l’entier des installations électriques.» 

«Nous avons décidé que les bâtiments qui ne sont pas raisonnables à chauffer sont dédiés pour l’instant uniquement à du stockage.» 

Une vocation culturelle

Avec pour but une mixité des usages, l’endroit a également une vocation de pôle culturel. «Nous avons mis en place une association qui est une collaboration entre Condor et Visarte Jura pour une partie de l’usine, lance l’intéressé. Nous voulions que l’aspect culturel du site apparaisse assez tôt pour qu’il puisse se construire. Le but de l’association est de gérer la zone culturelle du site sous une forme non lucrative et démarrer une collaboration avec Visarte Jura. En 2020 s’est déroulée une première Biennale, la prochaine se tiendra en 2026

Crédit: Florian Amoser

De zone industrielle en zone mixte

Dans le plan d’aménagement local de la Commune de Haute-Sorne, il est prévu que la parcelle industrielle passe en zone mixte au vu de son changement d’affectation. La friche industrielle n’était pas homogène. «C’est une collection de 10 bâtiments qui sont collés les uns aux autres et qui ont été construits de 1908 à 1960. Cela veut dire que tous les 10 ans, ils ont ajouté à peu près 100 m2 de bâtiments. Cela est lié à l’histoire de Condor et de sa production au fil des ans. Alors que le premier bâtiment faisait environ 1000m2, Il y a eu beaucoup de développements dans les années 1920 et 1930. Et puis dans les années 1950, jusqu’au dernier bâtiment qui est une grande halle de stockage de matériaux. Au niveau typologique, c’est très varié. Vu de l’extérieur on a l’impression que cela ne constitue qu’un seul bloc après que le toit a été recouvert entièrement d’Eternit.» 

Et cette diversité, tout comme cette expansion au fil des décennies entraînent aujourd’hui certains défis de taille. «On ne se rend plus compte de la variété de bâtiments que comporte le site, mais l’on peut dire qu’il y a 10 bâtiments différents couplés les uns aux autres. Et tout cela sur une parcelle d’environ 20 000m2 en face de la gare de Courfaivre. Alors qu’avant ce n’était qu’une seule entreprise, le grand travail a été jusqu’à maintenant de penser aux accès vers des locaux individuels», conclut Marlon Biétry.

Si le projet et les activités culturelles s’organisent un peu au jour le jour, l’étude menée par Swissrenov devrait conduire à l’obtention d’un permis de construire en 2027 pour assainir l’un des bâtiments gardé en réserve et qui fera office de démonstrateur.

Romain Gogniat

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