DELÉMONT
Gilles Elbhar, lors d’un voyage au Groenland, est frappé par la rapidité de la fonte de la calotte glacière, qui s’effondre sous ses yeux. Pour en témoigner, il s’emploie dès lors à photographier icebergs et glaciers. Si le Jurassien a récemment clos une exposition de 80 de ses clichés spectaculaires au château de Miécourt, il sera ce week-end l’invité du cinéma La Grange à Delémont, dans le cadre du Festival du film vert, en marge de la projection du film Icebergs, la vie secrète des géants de glace, de Mike Magidson. Une projection qui sera suivie d’un apéritif de soutien.
Le sexagénaire, qui abordera ce samedi avec le public sa passion pour ces titans de glace, ne s’y est pourtant pas consacré dès le plus jeune âge. Mais sa passion pour l’image remonte à loin.
«Mon père était responsable d’un cinéma-club pour l’armée de l’air française en Côte d’Ivoire, dans le camp militaire où j’ai grandi, raconte Gilles. Il projetait des films, prenait des photos et réalisait des prises de vue pour l’armée. Tout son matériel était stocké dans ma chambre et, lorsqu’il n’était pas là, je m’en servais.»
À 18 ans, Gilles Elbhar arrive en France. Son père souhaitait qu’il devienne militaire de carrière. «Mais, venant de Côte d’Ivoire, les cheveux longs, mon profil ne semblait pas plaire et je n’ai fait que le service militaire.» Il débute alors une formation en informatique qui ne lui convient pas puis À l’âge des choix, le jeune homme se dirige naturellement vers la profession de projectionniste, obtenant un Certificat d’Aptitude Professionnelle, puis exerçant ce métier dans différentes villes françaises, dont Paris, puis à Fribourg et Lausanne.

Un bruit d’écroulement continu
Aujourd’hui employé auprès de Louis Bélet SA, il n’a pas perdu sa fascination pour le monde de l’image. «Ce qui me plaît le plus, c’est l’observation des formes, ce moment où elles passent du concret à l’abstrait.» En 2015, c’est lors d’un voyage au Groenland qu’il découvre le mouvement des icebergs.
Celui-ci le bouleverse. Il est trois heures du matin lorsque Gilles se promène au bord de l’océan, dans le jour polaire. Entendant un bruit d’écroulement continu, il se rapproche de la jetée et observe.
«D’abord, je n’ai pas compris ce que c’était. Puis j’ai vu la calotte glacière qui s’effondrait par morceaux entiers. Ils tombaient dans l’eau et formaient des icebergs. J’ai vu là un exemple de la gravité et de l’importance du phénomène de réchauffement climatique.»
Celui qui vit à La Baroche entreprend de réaliser un documentaire au sujet des glaciers et des icebergs, se renseigne auprès de glaciologues suisses, voyage au Népal et en Alaska, et prévoit de se rendre prochainement en Amérique du sud pour finaliser le projet.
«J’aimerais que les gens réalisent ce qui est en train de disparaître. Montrer à quoi ressemble un iceberg ou un glacier, la beauté des nuances de bleu, leur immensité. Quand j’ai voyagé au Népal pour photographier des glaciers, j’ai parfois marché 35 km et, arrivé sur place, le guide me disait “Voilà, ici il y avait un glacier, mais il a fondu”. Il ne restait que le vide laissé par la glace. Je n’ai pas pris de photos.»