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Une poésie du quotidien, pour mettre en mots les émotions de la vie 

Récemment retraité après 30 ans chez Pro Infirmis, Philippe Rebetez publie Gens d’à côté, son septième opus. Ancrée dans la vraie vie et toute sa palette d’émotions, la trentaine de textes de l’auteur delémontain raconte ces petits instants qui disent de grandes choses. Entretien avec l’auteur.

© Clément Charles, La Vallée magazine

DELÉMONT

Récemment retraité après 30 ans chez Pro Infirmis, Philippe Rebetez publie Gens d’à côté, son septième opus. Ancrée dans la vraie vie et toute sa palette d’émotions, la trentaine de textes de l’auteur delémontain raconte ces petits instants qui disent de grandes choses. Entretien avec l’auteur.

Comment avez-vous découvert la poésie ? 

A la Fête du peuple jurassien, à 11 ans, en 1967. Notre grand poète Alexandre Voisard, décédé il y a une année, y avait lu son «Ode au pays qui ne veut pas mourir»… Et la foule entière, peut-être de 30 000 personnes, avait repris ses mots avec émotion… Je me suis dit: «La poésie, ça peut être ça!»

Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire?

Au début, on écrit un peu par épanchement, pour poser sur le papier des sentiments, des impressions…  Je n’écrivais pas pour être publié, mais à la suite du conseil d’une amie qui était journaliste, j’ai envoyé un manuscrit à une éditrice à Genève. Et celui-ci a été pris. Ce premier livre a été publié il y a 20 ans, en 2005, et j’en ai fait sept autres avec celui-ci… 

Après six premières éditions en Suisse, qu’est qui fait que ce nouveau recueil soit édité en France?

Je corresponds avec Stéphane Bataillon, un journaliste et un poète parisien, qui écrit notamment dans le quotidien La Croix… Un jour, il a envoyé, mais je ne le savais pas, quelques-uns de mes textes à cet éditeur, Michel Fiévet, qui m’a contacté. On a discuté ça s’est fait assez naturellement. Je suis content, parce que c’est un éditeur presque militant… C’était un enseignant primaire, qui, tous les matins, commençait ses leçons en lisant un poème à ses élèves de 8 à 10 ans. En plus, il faisait écrire

ces enfants et invitait des poètes en classe. Donc il a fait un travail d’éveil à la poésie exceptionnel. Depuis sa retraite, il consacre tout son temps à l’édition, et c’est un éditeur qui diffuse ses livres, en étant présent dans tous les salons littéraires et tous les marchés de la poésie à Paris, à Lille ou à Bruxelles.

Philippe Rebetez signe un nouvel ouvrage, inspiré par «les petites choses de la vie».
Crédit Clément Charles La Vallée magazine

Quel est le fil rouge de votre travail? 

J’écris plutôt de la poésie sociale… J’ai été très influencé par Alberto Nessi, un écrivain tessinois qui a obtenu le Grand prix suisse de littérature en 2016, et qui a été mon mentor. J’aime beaucoup la poésie qui parle de la nature ou de sentiments, mais c’est important aussi de parler des vrais gens. Dans mon dernier recueil, on retrouve des portraits de ces vrais gens, comme des photographies.

«Ma source d’inspiration, ce sont les petites choses.»

Comment naît votre inspiration pour cette poésie de proximité?

J’ai beaucoup écrit à partir de choses vécues dans le cadre de mon travail, le fait de travailler avec des personnes en situation de handicap, donc fragiles… J’ai aussi écrit sur les personnes âgées, le vieillissement, parce que j’ai ma mère qui a été pendant 13 ans dans un EMS avec la maladie d’Alzheimer. Ma source d’inspiration, ce sont les petites choses. Je voyage beaucoup en train, des lieux incroyables où on entend tellement de discussions. Aussi, je marche beaucoup en forêt. C’est aussi une banalité, mais marcher, ça libère tellement de belles énergies… Je prends quelques notes, et ensuite, je retravaille. Je ne crois pas à la poésie spontanée, comme ça, où on prend son cahier, puis on fait un poème, tac, tac, tac, puis il est bon. Baudelaire disait, le talent, c’est la table de travail…  Je crois que c’est vrai. Quand j’estime que mes textes sont prêts à être publiés, c’est vraiment une grande satisfaction. Ça doit être la même chose pour un peintre, un musicien, ou pour un artisan, un menuisier qui fait un beau meuble. Quand on est publié, en plus du plaisir de finir, il y a le plaisir de partager ses textes.

Avez-vous eu l’occasion de faire lire vos textes aux gens qui ont vous inspirés? 

Oui, souvent. La dernière fois que cela m’est arrivé, c’était l’année passée: je faisais des lectures en service d’oncologie… J’ai reconnu un monsieur que je connaissais car j’avais eu des contacts avec sa fille lourdement handicapée, qui m’avait inspiré un poème. Un texte sur cette situation de parents qui vivaient quelque chose d’extrêmement dur et difficile. J’ai lu ce poème à ce monsieur en lui disant qu’il avait inspiré mon texte. Et ça, c’est un moment exceptionnel, où j’ai pu redonner le texte à quelqu’un.

Gens d’à côté, Philippe Rebetez, avec des illustrations par Emmanuel Wüthrich, Éditions L’Ail des ours, 2025.
Credit: Éditions L’Ail des ours

Au-delà de vos textes, vous cherchez à faire découvrir la poésie ou l’écriture? 

Oui, j’encourage les gens à écrire, parce que cela peut nous amener dans des états de sérénité. Et oui, j’aime bien diffuser la poésie des autres aussi, les textes des autres. Pendant 15 ans, j’ai organisé le «Mai littéraire» à Delémont, où nous invitions chaque année trois écrivains suisses. 

Est-ce que la poésie intéresse encore le public? 

Oui, contrairement à ce qu’on entend souvent dire, les gens s’intéressent vraiment à la poésie. Évidemment, on a souvent des traumatismes scolaires de la poésie, et son apprentissage par cœur. Mais la poésie, ça peut être simple. Dans ce que j’écris, il n’y a pas un mot à aller chercher dans le dictionnaire. Et, au vu des retours que j’ai, ça touche les gens… Quand j’écris sur la vieillesse, beaucoup me disent: «Mais c’est incroyable, c’est ce que j’ai vécu avec ma mère, c’est ce que j’ai vécu avec mon père».

«La vitesse fait des dégâts au niveau des relations humaines…»

On ressent une douce nostalgie dans vos textes. Est-ce que c’était vraiment mieux avant?

On a toujours tendance à idéaliser le passé, ce n’est pas mon cas… C’était pas mieux avant, beaucoup de choses sont plus positives aujourd’hui. Si je prends l’exemple du handicap qui m’a occupé pendant plus de 30 ans dans mon travail, la situation est bien meilleure, alors même qu’il n’y a pas forcément moins de personnes handicapées. Après, je regrette qu’on passe de moins en moins de temps les uns avec les autres, avec des vies très organisées, très rythmées…  La vitesse fait des dégâts au niveau des relations humaines… Par exemple, plein de personnes âgées qui vivent dans une solitude extrême.  Avant les facteurs avaient le temps discuter deux mots avec voire de boire un café… quelques instants, courts, mais qui étaient la petite lumière dans la journée d’une vielle dame… Pourtant, c’est important de prendre le temps, de prendre le temps d’échanger avec les gens, pas que ses proches. Donc, pas de nostalgie du temps passé, mais peut-être le regret de certaines belles choses qui se perdent. Mais si on faisait l’équilibre, je suis bien dans mon siècle.

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