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Monique Rebetez: «J’appartiens au calcaire»

Alice Lehmann – La Vallée Magazine

© Éric Périat

DISTRICT

L’auteure Monique Rebetez a dévoilé en novembre dernier son plus récent ouvrage, Les Lettres d’or, qui se compose de 12 nouvelles jurassiennes. L’auteure de Courtételle nous parle de ce livre mais aussi de son parcours.

Comment vous est venue l’idée de ce recueil de nouvelles?

Monique Rebetez: Un de mes textes avait été retenu lors d’un concours de nouvelles (TransJura, Nouvelles imaginaires, SJE 2023). Il s’agissait d’une histoire qui se passait sur les pentes du Mont-Soleil. Il y était question de la mort d’un cheval dont un chat avait été le témoin. Après avoir pris pour décors, dans mes deux précédents romans, le Cotentin (Passage de la Déroute, publié par Favre en 2018) et la Sicile (La fille aux abeilles, également chez Favre, en 2023), j’ai voulu parler de mon pays, le Jura. Les 12 textes de ce recueil s’inscrivent dans la tradition orale, celle du conte et des légendes, et sont ancrés dans le terroir jurassien. 

J’ai grandi avec la nature, j’aime les bêtes, j’y reviens sans cesse. Alors c’est dans ces eaux-là que j’ai voulu naviguer tout au long des pages de ce recueil. C’est la façon que j’ai trouvée de me rendre supportables les vilénies du monde, sa disgrâce, son injustice et son désordre. Je me suis mise en «état de poésie». L’état de poésie, c’est prêter attention aux interstices, aux choses intangibles, à ce qui est immuable, aux vibrations issues de la terre, de l’eau, des arbres et des bêtes. 

J’appartiens au calcaire. Avec mon père, quand j’étais petite, nous allions aux fossiles. Le calcaire est la pierre du temps qui s’est écoulé. Il est fait de milliards de petits animaux morts: coquillages, oursins, éponges, coraux. Ça m’a toujours émerveillée, d’avoir ça sous les pieds.  

L’avez-vous écrit d’une traite ou le composez-vous depuis plusieurs années?

Les histoires se sont enchaînées au rythme de l’imagination, des balades, des rêves et des lectures. 

Comment avez-vous choisi les lieux dans lesquels se déroulent ces histoires?

Ce sont tous des lieux que j’ai découverts et aimés parce qu’ils jalonnent mon histoire de vie. Une des histoires se passe à Reconvilier, village où je suis née. Plusieurs ont pour cadre les Franches-Montagnes (Les Bois, La Gruère, Les Chenevières, Belfond), région où j’ai grandi. Le Doubs y est très présent (La Charbonnière, Chez Danville, Montgremay). J’allais y pêcher lorsque cette rivière était considérée comme une des plus propres d’Europe! 

Plus généralement, ce sont des lieux qui m’ont permis de relier des réalités et des imaginaires. J’aime beaucoup créer des ponts entre passé, présent et futur, par exemple en traitant de sujets qui sont à la fois du domaine du patrimoine et des enjeux sociétaux présents et futurs. Il y a, entre autres, un texte autour du chanvre, une plante qui faisait partie de notre environnement naguère (il n’y a guère), qui a été arrachée et diabolisée lorsque le coton et le nylon sont arrivés, une plante qui aujourd’hui est en train de remplacer le plastique et dont on (re)découvre les usages, dans des domaines porteurs d’avenir. 

Dans le district de Delémont, y a-t-il une histoire qui vous tient particulièrement à cœur?

Il y en a deux. La première est une histoire de maison (La villa Fougères, à Courfaivre). Elle raconte le destin d’une ferme abandonnée dans l’indifférence générale. La deuxième (Le chevalier sans peur et sans reproche) se passe à La Providence. Elle est l’occasion de raconter le parcours (imaginaire) d’un de mes élèves migrants qui raconte lui-même son histoire à un chat.   

Vous êtes installée à Courtételle. Qu’aimez-vous dans votre territoire ?

Je ne considère pas Courtételle comme «mon territoire». C’est un lieu de vie où je suis arrivée un peu par hasard après avoir pas mal voyagé. Je me dis davantage Franc-Montagnarde. Mon cœur et mes amis sont de « là-haut ». C’est «là-haut»  que je vais marcher et nager. J’aime l’eau, et j’apprécie d’aller me rafraîchir les idées et les pieds dans un cours d’eau, une rivière ou un étang. À Courtételle, c’est un bord de Sorne. Un endroit superbe, appelé «branches-tuyas» sur Google Maps. On y a installé… une déchetterie.

Parlez-nous un peu de votre parcours, qui n’a rien d’ordinaire…

J’ai eu la très grande chance de faire des rencontres avec des personnes qui m’ont fait confiance et qui m’ont laissée faire mes preuves dans des domaines dont j’ignorais tout. La première rencontre a été celle avec un maître verrier qui m’a enseigné l’art du vitrail, à Fribourg. La vie m’a ensuite amenée à postuler pour un mandat de correspondante de presse (Le Démocrate) et pour un mandat de correctrice (pour un traducteur). J’ai été prise. Mes activités se sont donc regroupées autour de la langue française que j’ai eu l’occasion «d’empoigner» de différentes façons: en la corrigeant, en l’enseignant, en l’étudiant. Ça m’a amenée à l’écriture.  

Je me suis formée dans les métiers de correctrice et de formatrice. J’ai enseigné le français aux cadres des ressources humaines chez BKW, à Berne, puis aux jeunes migrants accueillis dans le Jura. J’ai toujours travaillé sur mandats et n’ai jamais eu d’employeur. C’est fragile, mais ça laisse la liberté de mettre un terme à la relation de travail lorsqu’elle ne vous nourrit plus. Parallèlement, toujours en tant qu’indépendante, je suis correctrice exerçant, notamment, pour des musées et institutions culturelles nationales.

Sur votre site, vous proposez d’écouter ces histoires. Est-ce une demande de votre public? 

J’ai la chance d’être bien entourée. J’ai un fils musicien, Pascal Lopinat, et un ami auteur, Pierre Crevoisier, qui a une voix et une façon de raconter extraordinaires. Nous avons eu envie d’enregistrer ces histoires, dans l’idée d’en faire découvrir les ambiances, dans un premier temps, puis de les proposer au public.

Quels premiers retours avez-vous obtenus sur ces audios? 

L’intérêt des internautes nous a incités à en faire un spectacle de lectures mises en musique. Nous avons proposé deux de ces histoires, à Delémont et à Lajoux. Nous avons choisi de raconter une légende que j’ai revisitée à ma sauce et intitulée La vouivre, et une histoire de Saint-Martin avec un loup, un cochon, des moutons… et bien sûr un chat. Des extraits et des photos de ces spectacles sont disponibles sur mon site.

Avez-vous d’autres projets dont vous aimeriez nous parler – dans le domaine de l’écriture, ou autre?

Le plus immédiat est une exposition des gravures que Line Marquis a réalisées pour Les Lettres d’or, exposition visible jusqu’au 1er novembre 2025 à la Bibliothèque de Moutier.

Pour en savoir plus sur cette auteure et écouter ses histoires, scannez ce QR code.

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