SOULCE
Sous-titré «Chronique d’un village au bout du monde», l’ouvrage Soulce 968 – 1900 raconte près de 1000 ans d’histoire dans une belle édition grand format de près de 400 pages. Rencontre avec l’auteur Jean-Claude Prince, passionné par l’histoire de son village natal et les archives de sa région. Interview.
Parlons d’abord de votre histoire. Quel est votre parcours personnel?
Je suis né à Soulce en 1947, dans une famille modeste d’agriculteurs. Mes parents ont ensuite déménagé à Bassecourt pour travailler à l’usine. Donc, même si je ne suis resté à Soulce que jusqu’à mes 14 ans, c’est mon vrai village d’origine. Tous ceux qui sont nés là-bas sont habités par ce lieu. Ensuite, j’ai fait un apprentissage de dessinateur de machines chez Von Roll à Delémont.
La politique m’avait toujours intéressé donc j’ai commencé comme militant du syndicat FTMH, puis j’ai adhéré à la jeunesse socialiste. Par la suite, je suis devenu secrétaire de la branche jurassienne du syndicat jusqu’en 2000, puis secrétaire central de l’Union syndicale suisse en 2007, où j’ai participé à la mise en œuvre des accords bilatéraux sur la libre circulation des personnes, notamment les premiers accords liés à l’élargissement. Ce poste au syndicat m’a aussi donné l’occasion de voyager dans les Balkans et au Proche-Orient.

Comment avez-vous développé ce goût pour l’écriture?
En fait, j’ai toujours écrit… Professionnellement, j’ai quitté le dessin technique en 1974 après la prise de mon poste à plein temps comme secrétaire de la FTMH. Par la suite, j’ai un peu bourlingué, notamment en écrivant pour Le Peuple ou pour La Sentinelle, le journal socialiste basé à La Chaux-de-Fonds.
Comment est né votre intérêt pour l’histoire?
Depuis l’enfance, j’ai toujours eu cet intérêt. A l’école, un jour, notre instituteur nous a affirmé que Soulce n’avait pas d’histoire… Ça m’a profondément choqué! J’ai alors demandé au secrétaire communal si je pouvais consulter les archives de la commune. Il m’a répondu qu’elles avaient brûlé. Mais à l’époque, ma famille était du «côté rouge», et lui, de la majorité «noire». Il ne fallait surtout pas mélanger les torchons et les serviettes. On ne nous ouvrait rien si l’on n’était pas du bon bord politique.
Mais c’est devenu possible ensuite?
J’ai commencé à m’intéresser sérieusement aux archives à partir de 2010, une fois à la retraite. J’ai alors présidé la commission des archives de la commune de Haute-Sorne, pour sauver les documents des cinq communes qui avaient fusionné. Aujourd’hui, les archives sont réunies à Bassecourt. Une personne a désormais la charge de les remettre en état. Je suis très content d’avoir pu initier ce processus. Une fois le crédit voté et le projet lancé, je me suis retiré pour laisser la place aux jeunes.
Où avez-vous pu trouver des archives pour alimenter votre recherche?
Un historien de Soleure a retrouvé, dans les papiers des rois de Bourgogne, la première mention de Soulce, qui possédait déjà en 968 une chapelle. Ces archives épiscopales à Soleure sont très riches, notamment pour la période allant de 1815 à aujourd’hui. Avant cela, il y avait les Archives de l’ancien évêché de Bâle, qui ont connu plusieurs déménagements: de Porrentruy à Colmar, puis à Berne, avant de revenir en Ajoie. Elles sont d’une immense richesse: peu d’États peuvent se vanter d’avoir conservé de telles archives. À Soulce, ces archives remontent jusqu’à 1300… Même les paysans, bûcherons ou charbonniers conservaient leurs documents importants, avec toujours un inventaire à chaque changement de maire.
Y avez-vous trouvé des surprises?
Oui, par exemple Étienne-Ovide Domon est originaire du village, même s’il n’y a jamais habité. Il fut le premier à fabriquer des montres complètes dans sa propre manufacture, la Fabrique d’Horlogerie Montilier vers Morat. En 1885, celle-ci produisait près de 60 000 montres par an et employait plus de 400 personnes. Au fil du temps, on retrouve souvent ces patronymes historiques typiques du village comme Les Beuchat, les Crétin, les Domon et les Schaffter.
Quel a été le parcours de votre ouvrage?
J’ai toujours accumulé des informations. Après une période de maladie, j’ai repris les choses sérieusement il y a trois ans. L’éditeur Alain Cortat, qui est de Châtillon et dirige la maison Alphil, a tout de suite été intéressé… Petite anecdote: en tant que secrétaire de la FTMH – le syndicat des métallos et horlogers –, j’avais donné un coup de main à Alain Cortat, pour ses premiers livres il y presque 30 ans, notamment son histoire de l’Usine Condor ou l’ouvrage sur la fabrication de la boîte de montres à Bassecourt, par ses fleurons historiques Piquerez SA et Ruedin SA, rédigé par son collègue historien Jean-Daniel Kleisl. Pour moi, et pour Soulce, la prochaine étape sera de publier la suite, consacrée à la première moitié du 20e siècle. Même les archives récentes ne sont pas consultables.