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Un jeune Jurassien lance un groupe de paroles pour hypersensibles

À 19 ans, Daniel Jost a choisi de faire de sa différence une force collective. C’est dans cette optique que ce jeune Jurassien a fondé le tout premier groupe d’entraide pour personnes hypersensibles dans le canton du Jura. Une initiative qu’il jugeait nécessaire pour un trait de caractère encore parfois perçu comme un défaut.

DELÉMONT

À 19 ans, Daniel Jost a choisi de faire de sa différence une force collective. C’est dans cette optique que ce jeune Jurassien a fondé le tout premier groupe d’entraide pour personnes hypersensibles dans le canton du Jura. Une initiative qu’il jugeait nécessaire pour un trait de caractère encore parfois perçu comme un défaut.

L’idée est née d’un constat simple et personnel: «J’ai moi-même cette hypersensibilité, et puis il manquait un espace d’échange autour de cette thématique, particulièrement dans le canton du Jura», explique Daniel Jost. Dans une société où la performance prime souvent sur le ressenti, l’hypersensibilité reste un sujet tabou ou mal compris. «Elle est méconnue, largement marquée par des préjugés. Le commun des mortels pense que nous pleurons tout le temps, que nous sommes un peu des “mauviettes”, mais il y a tout un autre panel de choses qui constituent l’hypersensibilité.» Ce trait de caractère, d’abord conceptualisé la psychothérapeute américaine Elaine N. Aron, n’est pas une maladie et se traduit par une perception plus intense du monde.

Le commun des mortels pense que nous pleurons tout le temps, que nous sommes un peu des “mauviettes”

Le poids du décalage à l’adolescence

Daniel Jost, habitant du Prédame, ressent ce décalage avec les autres depuis son enfance. Une sensation qui s’est accentuée à un moment charnière de la vie. «Au début, je me disais qu’il fallait que je fasse un effort, que tout irait bien et que je m’intégrerais. Mais c’est surtout à l’adolescence, vers mes 15 ans, que je me suis dit qu’il fallait que je rentre dans le moule. Et, au final, cela m’a fait plus de mal que de bien, dans le sens où j’ai vraiment commencé à souffrir du décalage entre ce que je ressentais et les autres», détaille l’intéressé. C’est seulement il y a deux ou trois ans qu’il a réussi enfin à mettre un mot sur ce vécu. Un soulagement, même si le quotidien reste fluctuant. «Aujourd’hui, il y a des jours où c’est plus facile que d’autres.»

Pour certains hypersensibles, le regard des personnes extérieures est parfois lourd à porter. «Souvent, en société, cela est perçu comme un défaut, dans le sens où l’on va être plus introspectifs, émotionnels et submergés par notre ressenti», analyse le fondateur du groupe. Si la situation évolue positivement, le fossé de l’incompréhension demeure. «De nos jours, c’est quand même de plus en plus valorisé. Mais parfois c’est quand même dur: les gens ont du mal à se mettre à notre place.» Le jeune homme tient d’ailleurs à clarifier un point essentiel: «On dit qu’on souffre d’hypersensibilité, mais c’est avant tout un trait de caractère».

Un coup de pouce d’Info-Entraide Suisse

Déterminé à faire bouger les lignes, Daniel a pris contact avec Info-Entraide Suisse. L’organisme, séduit par son projet, l’a aidé à créer une structure dédiée inexistante dans la région. «Ces derniers m’ont soutenu dans mes démarches. Notamment pour la création d’affiches, pour la publicité, les inscriptions et trouver une date pour un premier groupe de parole», informe notre interlocuteur. Afin de garantir le succès de l’action, les trois premières rencontres bénéficient de la présence d’un modérateur de l’association afin d’établir une charte de fonctionnement, avant que le groupe ne devienne totalement autogéré. «Tout cela pour démarrer sur de bonnes bases», précise le jeune Jurassien.

Lancé le 11 mai dernier à Delémont, l’appel a immédiatement trouvé l’écho espéré. «Nous étions une dizaine lors de cette première rencontre. Les participants ont trouvé cela gratifiant et m’ont remercié d’avoir osé entreprendre cette démarche», se réjouit Daniel Jost. Ce premier rendez-vous a agi comme un déclic pour les participants: «Nous avons l’impression d’être seuls, alors que cela touche près d’un quart de la population. Ce groupe a avant toute chose permis de rompre cet isolement. A terme, cela peut vraiment être bénéfique.» 

Pour maintenir une ambiance intimiste et de confiance, le projet privilégie la proximité. Une deuxième rencontre s’est ainsi déroulée début juin à Glovelier, permettant ainsi de se rapprocher du district des Franches-Montagnes. «Pour ce genre de thématique, c’est mieux d’être en petits groupes», conclut Daniel Jost, qui espère bien pérenniser cet espace de bienveillance unique dans le canton.

Romain Gogniat

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