DELÉMONT
La Chorale Inter-EMS, fruit d’un projet ambitieux rassemblant douze établissements médico-sociaux jurassiens ainsi que les lits d’attente de l’Hôpital du Jura, a offert son tout premier concert cet automne. Quels ont été les premiers retours sur cette expérience et quels sont les projets de cet ensemble pour la suite? Le point avec Audrey Kohler, présidente de l’association JUR’Anciens.
Mardi 23 septembre, le Théâtre du Jura vibrait d’une émotion rare. La Chorale Inter-EMS offrait son tout premier concert. La salle était comble, l’ambiance électrique, et le public bouleversé par la sincérité de ces voix pleines de vie. À l’origine de cette aventure, Audrey Kohler, présidente de l’association JUR’Anciens et responsable animation à la Fondation du Pré-Convert à Bassecourt.
Inspirée par un article sur une initiative similaire en France, cette dernière a proposé de rassembler les pensionnaires des EMS jurassiens autour d’un projet commun: chanter ensemble. «Nous voulions un événement qui valorise les résidents et qui ne les exclut pas pour des raisons pratiques. Le Théâtre du Jura s’est imposé comme un lieu idéal, accessible et équipé pour accueillir des personnes en fauteuils roulants ou à mobilité réduite», raconte-t-elle. Le pari était audacieux: coordonner 12 institutions, plus d’une centaine de participants, et un répertoire commun. Six mois avant le concert, chaque EMS a reçu un cahier de chants. Les animateurs ont alors organisé une répétition hebdomadaire avec leurs résidents, soutenus par les enregistrements au piano fournis par Michel Siegenthaler. Trois grandes répétitions collectives ont ensuite eu lieu à Alle, avant l’ultime filage le jour même, à 14 heures, sur la scène du Théâtre.
Tout a été pensé pour placer les personnes âgées au cœur du projet. Bus adaptés, entrée directe sur la scène, sanitaires accessibles: rien n’a été laissé au hasard. «Il était primordial que chacun puisse participer dans les meilleures conditions, sans se sentir limité», insiste Audrey Kohler. L’accompagnement musical a également joué un rôle central. Michel Siegenthaler, déjà habitué à diriger des chorales en EMS, a rejoint l’aventure, aux côtés d’Étienne Ory, nommé directeur de chorale. Leur engagement a été salué par tous. «Sans eux, nous n’aurions jamais atteint un tel niveau de rigueur et de nuance. Leur générosité a permis de transcender le projet», ajoute la responsable.
Quand la musique réveille souvenirs et émotions
Le répertoire choisi, largement issu des chansons françaises des années 1950 à 1970, n’était pas un hasard. Ces mélodies familières ont éveillé des souvenirs précieux. «Nous avons vu des résidents d’ordinaire réservés se mettre à chanter avec ferveur, certains les larmes aux yeux. La musique libère la parole et renforce les liens», témoigne encore notre interlocutrice.
Sur le plan social, les bénéfices sont indéniables. Les pensionnaires de différents EMS se sont rencontrés, ont échangé, se sont liés d’amitié. «L’impact est énorme. Plusieurs nous ont confié n’être jamais montés sur une scène de leur vie. Là, ils se sentaient valorisés, fiers de transmettre quelque chose au public», raconte encore la présidente. Une résidente de Bassecourt, émue aux larmes, confiait après le concert: «Je me réveille encore la nuit en chantant les refrains.» Ces instants précieux resteront gravés dans les mémoires, tant des résidents que des familles.
Dans la salle, impossible de rester indifférent. Les spectateurs, familles ou simples curieux, ont été transportés par la sincérité et la puissance émotionnelle du spectacle. «J’ai reçu des retours bouleversés de personnes qui nous demandent déjà une deuxième édition», se réjouit Audrey Kohler. Il faut dire que l’enthousiasme était communicatif. La prestation des choristes a été magnifiquement soutenue par Thibaut Morel, animateur à l’EMS des Cerisiers à Charmoille, qui officiait comme maître de cérémonie. Avec humour et bienveillance, il a guidé le public à travers les morceaux, provoquant rires et applaudissements.
Derrière le succès de cette première édition, se cache un immense travail collectif. Les animateurs des différents EMS, tous investis dans le projet, ont travaillé main dans la main. «Nous partageons le même métier, le même langage. Se soutenir ainsi dans un projet commun est extrêmement enrichissant», note Audrey Kohler. Le comité organisateur réunissait, autour d’elle, Anne Mandres (EMS Les Cerisiers), Marine Studer (Foyer de Saint-Ursanne), Patricia Orlandi (EMS Clair-Logis), Martine Crelier (EMS Les Planchettes) et Justin Daepp (EMS Les Pins à Vicques). Une équipe soudée qui a porté le projet avec passion.
Et après?
Vu l’ampleur du succès, une suite semble inévitable. «Nous allons réfléchir dès le prochain comité à la possibilité d’organiser un nouveau concert en 2026», annonce Audrey Kohler. L’idée d’intégrer un jour des élèves ou des chorales d’enfants n’est pas exclue, dans une perspective intergénérationnelle déjà expérimentée avec succès à Noël dernier à Bassecourt. Mais au-delà des perspectives, le message de cette chorale est limpide: «À tout âge, rien n’est impossible à qui croit en ses rêves et ose les poursuivre.»
Arnaud Juillard