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La vie quotidienne, simple et belle, comme méthode de soin

Clément Charles – La Vallée Magazine

VICQUES

Depuis plus de 10 ans, le centre de jour de La Valse du Temps accueille des personnes avec divers troubles cognitifs. En s’appuyant sur le maintien d’activités «normales», cette équipe engagée crée du bien-être pour ses hôtes, comme pour les proches aidants.

Au début de la route de Courrendlin, La Valse du Temps accueille depuis 2023 ses hôtes cinq jours sur sept.

«Il existe plusieurs familles de troubles neurocognitifs, avec d’une part, la maladie d’Alzheimer — celle que le grand public connaît le mieux», explique Caroline Bernasconi, directrice.

«D’autre part, les troubles d’origine vasculaire, liés par exemple aux AVC. Mais il existe de nombreux sous-groupes et spécificités.» 

En effet, avec les progrès de la recherche scientifique, la liste de ces maladies – qui étaient autrefois vite classées comme une forme de sénilité – s’élargit constamment. «Maladie de Parkinson, démences à corps de Lewy, démences vasculaires fronto-temporales… Le point commun à toutes ces pathologies est qu’elles entraînent des troubles, dont des atteintes de la mémoire.»

Pour ce public, le centre de jour propose un concept thérapeutique complet, basé sur une idée simple: se sentir comme à la maison.

«Les activités du quotidien ont le plus de sens pour les personnes que nous accueillons, pour vivre des journées comme dans une maison. Par exemple, nous préparons toujours nous-mêmes notre repas de midi. Chacun apporte ses compétences: certains peuvent tout faire, d’autres couper, éplucher, ou simplement donner des indications»

explique Caroline Bernasconi. 

Passer du temps comme à la maison

«C’est pareil pour préparer des confitures ou pour la vie de la maison, comme monter un nouveau meuble avec ceux qui aiment bricoler. Ce sont des activités qui ont du sens, pas de simples occupations, car elles font partie de ce que ces personnes ont toujours fait dans leur vie», confie la psychologue qui a grandi à Courtételle. Plus ponctuellement, le centre propose aussi des animations «extraordinaires» – sorties ou visites, et même des vacances, avec un séjour de quatre jours par année à Charmey, même si «ce qui a le plus d’impact, c’est le rythme du quotidien, la vie normale». 

Chaque jour, La Valse du Temps orchestre aussi toute une série d’activités plus thérapeutiques, axées sur le bien-être, qu’il soit physique ou psychologique. «Massages, manucure, méditation, marche… L’idée est de continuer à éprouver son corps» dans une structure qui, à la différence d’autres centres de jour, a une vraie capacité de soins. Le personnel travaille donc en réseau avec tous les autres intervenants du système médico-social (médecin, soins à domicile ou autres institutions). 

Cette philosophie de travail et de soin découle aussi du travail horizontal de l’équipe, une exception dans le secteur.

«Beaucoup de structures se basent sur une hiérarchie stricte: médecin, infirmier-chef, infirmier, ASA, aide-soignant… avec, d’un côté, les soins, et de l’autre, l’animation. Ici, nous plaçons la personne au centre et tous les métiers gravitent autour.»

Une équipe très interdisciplinaire traduit ces intentions en prestations. «Les professionnels de l’animation et des soins qui travaillent ensemble», détaille la directrice, comme «l’infirmier, qui continue de faire son travail, mais à travers la relation et l’activité. Il participe aussi à la cuisine, à l’animation, tout en évaluant les besoins et capacités de la personne dans ce cadre.»

A la fois fonctionnel et très moderne, l’architecture du lieu renforce aussi cette sensation de vie normale, avec sa cuisine, son salon, sa salle à manger et espaces extérieurs. «L’idée, c’est vraiment de recréer un quotidien familier, et que ces personnes se sentent comme à la maison.» 

Une prise en charge à démarrer rapidement 

Pour ces publics, rejoindre le centre de jour plus tôt aurait été bénéfique.

«Plus on commence tôt, plus on reste actif, plus on travaille l’ensemble des compétences pour les préserver. Cela permet de conserver son indépendance plus longtemps et de rester inséré socialement»

confirme Caroline Bernasconi.

Une prise en charge anticipée avantage la personne âgée en suivant «l’évolution de ses troubles et des étapes de la maladie» et aussi ses proches car «cela leur garantit des moments de répit et des ressources qui leur permettent de moins s’épuiser». A l’inverse, il arrive que les hôtes arrivent avec des troubles cognitifs avancés, avec «une famille déjà très fatiguée et plus de difficultés à s’adapter au centre. On connaîtra donc moins bien notre hôte». 

Cette dimension personnelle – de bien comprendre les troubles de chacun tout comme leurs parcours individuels – permet un vrai accompagnement personnalisé. «La clé est de voir la personne qui se trouve derrière ses troubles. Deux personnes ayant des troubles similaires, mais des caractères très différents, ne nécessiteront pas le même accompagnement, en fonction de l’histoire de vie, de l’éducation, des expériences vécues, des éventuels traumatismes ou difficultés rencontrées.»

Mieux connaître le parcours de vie de la personne, pendant qu’elle peut encore la raconter permet de réussir au mieux ce défi. «En ayant accès à cette histoire, nous pouvons mieux comprendre, accompagner et apaiser.»  

Au-delà des personnes avec ces troubles, La Valse du Temps accompagne aussi les proches aidants, pour «demander de l’aide et pour parler de leurs difficultés, lorsqu’ils ne savent plus comment gérer une situation». Tout en vivant des situations différentes, ces proches partagent souvent les mêmes tracas, comme la communication. «Comment se faire comprendre et mieux comprendre ce que vit la personne malade, afin de rendre la relation plus sereine? Par exemple, avec des troubles de la mémoire à court terme, la personne peut poser la même question trois fois en 10 minutes. Ce n’est pas intentionnel: elle ne se souvient plus qu’elle l’a déjà posée. Même si cela semble évident, il faut pouvoir le comprendre… et le supporter.» 

De Cornol à Vicques, du présent à l’avenir 

Pour Caroline Bernasconi, travailler avec les personnes âgées a été un choix naturel, presque évident.

«Depuis que je suis petite, on m’a toujours dit que j’avais cet élan facile vers les aînés… Les échanges qu’on a avec eux sont tellement enrichissants. Parfois, ces gens qui n’arrivent plus bien à parler, qui se mélangent les mots, qui sont confus dans leurs souvenirs, ont développé leur capacité renforcée à ressentir les émotions de leurs interlocuteurs… Ce qu’ils ont perdu en cognition, ils l’ont décuplé au niveau émotionnel.» 

Encore étudiante en psychologie, Caroline s’étonne d’abord de l’absence de cette génération dans sa formation de base. «On avait beaucoup de cours sur l’enfant ou l’adolescent mais on n’a parlé que deux ou trois heures de la personne âgée… sur toute une année.»  Un stage à Genève durant ses études lausannoises lui confirme sa vocation avant d’aller travailler dans un EMS vaudois pendant cinq ans, avant de lancer le projet de La Valse du Temps, à Cornol, en 2012. Alors que le centre de jour rencontre un vif succès, augmentant son offre et affinant sa démarche unique, un fait ressort: une petite moitié des résidents vient en fait de la Vallée. Forte de ce constat, l’institution ajoulote cherche à passer les Rangiers. 

Avec un peu de retard lié au covid, La Valse du Temps se fixe à Vicques, à la Résidence des Pins, en complément de l’EMS et d’une unité de vie protégée. Profitant de l’agrandissement de la résidence pour ses 30 ans, les activités démarrent début 2023 et trouvent rapidement leur public.

Pour l’avenir de son secteur et de la prise en charge des seniors, si elle devait rêver à voix haute, Caroline Bernasconi souhaiterait que «chaque personne âgée puisse trouver sa place dans ce monde, en se sentant vraiment bien, même si elles ont des troubles cognitifs. Les solutions existent mais c’est aussi à nous de changer notre vision des choses.»

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