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Le regard de Gaëlle Schwimmer

À 40 ans, Gaëlle Schwimmer a fait de la photographie bien plus qu’un métier ou une pratique artistique: pour elle, il s’agit d’une manière d’entrer en relation avec les autres. La photographe jurassienne construit depuis près de 20 ans une œuvre centrée sur l’humain, les émotions et la vulnérabilité.

© Crédit: Sébastien Deloy

SOYHIÈRES

À 40 ans, Gaëlle Schwimmer a fait de la photographie bien plus qu’un métier ou une pratique artistique: pour elle, il s’agit d’une manière d’entrer en relation avec les autres. La photographe jurassienne construit depuis près de 20 ans une œuvre centrée sur l’humain, les émotions et la vulnérabilité.

Portraits, nus artistiques, projets éditoriaux ou rencontres atypiques: derrière chaque image, Gaëlle Schwimmer cherche avant tout une connexion sincère. Son récent ouvrage Jurassiens-Jurassiennes, publié fin 2025 avec l’Association Pro Jura, illustre parfaitement cette quête de sens qui traverse toute sa démarche.

Une artiste enracinée dans le Jura

Gaëlle Schwimmer aime rappeler que son identité n’est «jamais figée». Pourtant, certains fils rouges se dessinent. Née dans le Jura il y a 40 ans, elle n’a «jamais quitté la Vallée de Delémont» et conserve un lien profond avec sa région. Très tôt, l’univers artistique s’impose à elle. Enfant déjà, elle écrit des histoires sur des animaux imaginaires à la machine à écrire. Plus tard, la musique prend une place importante: 10 années de violon, un duo acoustique, plusieurs concerts dans la région. «Tout ce qui est artistique, créatif, c’est un truc qui m’a toujours habitée», raconte-t-elle.

La photographie arrive presque par hasard, au sortir de son apprentissage. Durant une période de chômage, elle s’achète son premier appareil numérique, «six mégapixels à l’époque», dit-elle en souriant. Très vite, elle se plonge dans les forums spécialisés qui lui permettent d’apprendre la technique et d’éduquer son regard. «On ne cherchait pas les “likes”, c’était un vrai lieu d’apprentissage», se souvient-elle. Macro, paysage, abstrait… Gaëlle Schwimmer expérimente de nombreux styles avant de comprendre ce qui la touche vraiment.

Le déclic survient avec la photographie de concert. «Ce qui me touchait vraiment, c’était l’émotion qu’on pouvait lire sur le visage des musiciens.» Entre joie, tension, et souffrance parfois, la photographe se passionne pour ce langage universel du corps et du visage. Depuis, l’être humain est devenu le centre absolu de son travail.

Les émotions plutôt que les apparences

Au fil des années, Gaëlle Schwimmer développe une approche profondément sensible de la photographie. Portraits, nus artistiques, scènes naturelles: peu importe le cadre, elle cherche avant tout à créer un lien avec la personne qu’elle photographie. «Ce qui m’intéresse, c’est notre humanité.» Pour elle, les émotions constituent cette «nappe phréatique commune» qui relie tous les êtres humains au-delà de leurs différences.

Cette philosophie influence directement sa manière de travailler. Depuis plus d’une année, elle privilégie exclusivement la lumière naturelle et les prises de vue en extérieur. «Dans la nature, les gens peuvent interagir avec leur environnement», explique-t-elle.

Son travail autour du nu artistique illustre particulièrement cette délicatesse. Chaque séance devient alors une rencontre plus qu’une simple création d’image. La photographe cherche à révéler la beauté singulière de chaque personne, sans artifices inutiles.

Cette quête d’authenticité explique aussi son rapport parfois ambivalent à la photographie contemporaine. Face aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle, elle avoue traverser une période de questionnement. «Tout a été fait, tout est vu», dit-elle. Pour continuer à photographier, elle ressent désormais le besoin d’un véritable sens derrière chaque projet.

Des projets qui marquent les esprits

Si Gaëlle Schwimmer n’a jamais cherché la célébrité, plusieurs de ses projets ont rencontré un fort écho public. En 2017, son livre Inoubliable Baiser  attire l’attention des médias romands. Le principe: photographier des personnes au moment où elles racontent le baiser le plus marquant de leur vie. «Ça part toujours d’un vrai élan du cœur», explique-t-elle.

Son projet le plus récent, Jurassiens-Jurassiennes, prolonge cette démarche humaine. Pendant plus d’une année et demie, elle a rencontré 22 habitants de la région, souvent atypiques, toujours inspirants. L’idée naît après une rencontre avec un berger jurassien découvert sur les réseaux sociaux. Fascinée par ce personnage, elle décide de le photographier puis d’écrire sur cette expérience. Le succès du texte et des images lui fait comprendre qu’il existe une véritable attente autour de ces récits humains. Publié fin novembre 2025 avec l’Association Pro Jura, l’ouvrage met en lumière des figures locales souvent discrètes mais profondément touchantes. «Ce qui a été le plus nourrissant pour moi, c’était que ces gens se livrent», raconte la photographe.

Entre pause créative et nouveaux horizons

Aujourd’hui, Gaëlle Schwimmer traverse une période qu’elle décrit elle-même comme une «jachère». Après l’intensité de Jurassiens-Jurassiennes, elle ressent le besoin de ralentir et de se tourner vers d’autres formes d’expression artistique. Depuis plusieurs mois, elle se passionne ainsi pour l’aquarelle, le dessin et la peinture. «Quand je commence un truc, je suis au taquet», glisse-t-elle avec amusement.

La Jurassienne explore également la photographie argentique, attirée par sa lenteur et son côté plus organique. Contrairement au numérique immédiat, l’argentique impose patience et réflexion. «Est-ce que ça vaut vraiment la peine de faire cette photo?», se demande-t-elle désormais avant chaque déclenchement. Cette approche plus contemplative semble correspondre à son besoin actuel de retrouver une relation plus intime à l’image.

Malgré ses doutes, Gaëlle Schwimmer reste profondément habitée par le besoin de créer. «Le monde a besoin de beauté», affirme-t-elle avec conviction. Même si elle ignore encore quelle forme prendra son prochain grand projet, une chose paraît certaine: son travail continuera à chercher ce qui relie les êtres humains. 

Alexander Loncke

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