DISTRICT
Pour vous faire rencontrer de manière différente Raphaël Ciocchi, notre ministre de la Vallée a accepté de répondre à nos questions intimes sur son passé personnel, son présent de professionnel et le futur de la région. Portrait, en quelques questions, à notre ministre de la formation, du numérique et des sports, qui fêtera bientôt ses 42 ans.
Le village de votre enfance?
Je suis né à Courroux, j’y ai grandi, et puis je suis tombé amoureux d’une perle rare, Noémie, qui habitait cinq rues plus loin. Nous avons acheté une maison à Courroux, et nous vivons à Courroux. Mais je vous promets que j’ai une vue de l’ensemble du canton du Jura!
Les professions de vos parents?
Mon papa Domenico est un immigré italien de Lombardie, venu en Suisse dans les années 1950 avec ses parents et qui a travaillé 40 ans comme chauffeur poids lourds. Mon père a rencontré ma maman, Marie-Thérèse, qui venait d’une famille paysanne de Vicque avec une dizaine d’enfants. Elle a d’abord travaillé dans la santé, puis s’est occupée de sa mère comme proche aidante.
Un souvenir marquant de vos écoles?
Oui, j’ai des milliers de souvenirs avec les copains! Mais ce qui me suit encore dans ma fonction de ministre sont ces enseignants, qui m’ont accompagnés et qui considéraient l’élève en entier, au-delà de l’obstacle lié à la matière ou au moment.
Le choix de votre orientation professionnelle?
Mes parents me disaient: «Il ne faut pas devenir important, il faut devenir utile». Mes choix ont toujours intégré cette idée d’être utile aux autres et à la collectivité, cette notion de service public. Par exemple, je suis un sportif… Enfin, j’étais un sportif, fan de foot. Très tôt, j’ai fait plus que jouer, comme membre du comité du FC Courroux, puis de FC Val Terbi, pour chercher des sponsors, organiser des lotos… Je me sentais hyper utile et hyper bien dans cet engagement. Cela m’a aussi attiré vers les études de sciences politiques, pour comprendre comment on prend les décisions pour la collectivité et comment fonctionne la société.
La décision pour le métier d’enseignant?
J’ai fait un remplacement de courte durée à la division commerciale. Après un mois – à enseigner, échanger, transmettre – cela a été la révélation! J’ai adoré le contact avec ces jeunes en pleine évolution, entre l’enfant et le jeune adulte, qui vous remettent en question. Donc, coup de foudre! Après les études, j’avais prévu une année de tour du monde, puis un emploi qui allait me permettre de voyager. Mais, en fait, je suis revenu ici pour l’enseignement. Et aussi, j’avais rencontré mon épouse Noémie un peu avant. Donc, entre le coup de foudre amoureux et celui pour l’enseignement, je suis revenu à Courroux, pour rester dans le Jura et y faire ma vie.
Votre premier engagement politique?
Grâce à Nathalie Barthoulot, j’ai rencontré Claude Hêche, qui cherchait un assistant parlementaire suite à son élection au Conseil des États. Cela a vraiment bien collé. J’ai été son assistant jusqu’en 2018. En 2011, je me suis inscrit au Parti socialiste pour me présenter au Parlement jurassien.
Votre famille et vous?
La famille, c’est la base de tout. La famille, c’est le foyer où on se retrouve, c’est l’endroit où on est complètement soi-même. Quand je suis en famille, je recharge les batteries avec mes trois filles et mon épouse.
Votre activité familiale favorite?
Le souci que j’ai toujours avec mes enfants est d’assurer un lien et de le développer. Quand ils étaient petits, avec les trois, garder le lien, c’était vraiment passer du temps pur avec eux: jouer, bricoler, rigoler, être ensemble. Maintenant, c’est différent. Le lien aujourd’hui est moins dans le jeu et le faire, et plus dans l’écoute, l’échange, le rationnel, la discussion. Mais c’est aussi très bien.
Votre promenade préférée dans le district?
J’ai deux points de vue que j’aime beaucoup, et que je vois depuis mon bureau à StrateJ. Le premier, les rochers du Midi, au-dessus de Courrendlin, et la pierre Berg, au-dessus de Courcelon, où on va à pied depuis la maison pour prendre de la hauteur. Après 30 minutes, on arrive et on peut déjà manger le cervelas.
Les avantages uniques de la Vallée?
D’abord, on a du brouillard – notre crème solaire naturelle. Plus sérieusement, la Vallée a une localisation incroyable, parfaite pour l’ouverture aux autres et la connectivité avec le reste de la Suisse. Mais chaque district a sa force. Ces valeurs d’ouverture, de ténacité et de courage, sont en fait des caractéristiques partagées par tout le canton.
Le changement au niveau fédéral qui changerait tout pour le Jura?
Régler la question des primes maladie et des coûts de la santé. Avec des primes plus basses, la vie changerait du jour au lendemain avec une différence énorme en matière de pouvoir d’achat. L’autre chose serait que la péréquation financière entre les cantons intègre tous les coûts structurels qu’on a comme petit canton. On fournit beaucoup de choses indispensables aux grands centres – de la main d’œuvre, des logements, de la qualité de vie. Le reconnaître permettrait une vraie l’égalité de traitement. Ce n’est pas l’argent qu’on nous donne, c’est l’argent qu’on nous doit au titre de la solidarité fédérale.
Les principaux défis du canton en 2050?
La transition démographique, avec le vieillissement de la population et les besoins d’accès aux soins, reste un défi évident. Après, comme ministre de la formation, je suis à la fois préoccupé et intéressé par le fait, qu’en 2050, beaucoup de métiers auront disparu ou seront complètement différents, notamment avec l’intelligence artificielle et l’automatisation. Donc, le Jura de 2050 aura su faire évoluer son système de formation pour préparer à ces nouveaux métiers. Ce qui ne change pas, peu importe les générations et les défis, c’est le besoin d’égalité des chances. La force d’une société se mesure à l’aune de comment on traite son membre le plus faible.