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Pour vous faire rencontrer de manière différente Jean-Baptiste Maître, celui-ci a accepté de répondre à nos questions intimes sur son passé personnel, son présent de professionnel et le futur de la région. Celui qui vient de fêter ses 46 ans occupe cette fonction depuis le 1er septembre 2021. Entretien.
Dans quelle commune avez-vous passé votre enfance?
Jean-Baptiste Maître: J’ai passé toute mon enfance à Vicques, dans le Val Terbi, et j’y suis encore résident aujourd’hui. J’y suis retourné après un petit passage d’une dizaine d’années à Courroux. Je suis né en 1980, dans une famille de quatre enfants, je suis le deuxième: j’ai une grande sœur née trois ans avant moi, et deux petits frères nés cinq et 11 ans après moi.
Quelles étaient les professions de vos parents?
Mon père était ingénieur HES en électrotechnique et il a occupé plusieurs postes au cours de sa carrière. Il a notamment enseigné au Centre professionnel Tornos, puis il a dirigé une filiale établie ici, spécialisée dans la construction de machines de conditionnement pour l’industrie pharmaceutique. Ensuite, il a terminé sa carrière chez Straumann à Villeret, il est aujourd’hui à la retraite depuis une dizaine d’années. Ma mère a fait des études d’infirmière, mais elle n’a pas exercé: elle était mère au foyer quand je suis né.
Elle a ensuite repris une formation de secrétaire pour accompagner mon père dans l’entreprise, puis elle s’est orientée vers le secrétariat médical. Parallèlement à tout cela, elle a toujours eu beaucoup d’engagements publics: elle a été maire de Vicques, députée, présidente et membre de multiples associations et fondations – et elle est d’ailleurs encore active aujourd’hui, notamment comme députée suppléante et présidente du conseil de ville delémontain.
Avez-vous gardé des souvenirs marquants de vos écoles?
Des professeurs marquants, oui. Au secondaire, un professeur d’histoire, M. Alexandre Hof, un passionné, qui m’a sans doute éveillé à la chose publique, à la politique et à l’histoire de manière générale. Après l’école secondaire, au Lycée cantonal, j’ai eu la chance d’avoir M. Hervé de Weck comme professeur d’histoire, qui a confirmé et renforcé mon intérêt pour ce domaine. J’ai ensuite opté pour des études en sciences politiques à l’Université de Neuchâtel.
C’était passionnant, parce que nous touchions à de nombreux domaines: le droit, l’économie, la sociologie, et bien sûr la science politique. Une formation assez multifacette, avec notamment une bonne base de droit public, qui m’a donné des fondations solides pour la suite de mon activité professionnelle et une bonne compréhension du fonctionnement des Etats, ce qui me tient vraiment à cœur.
Quel a été votre premier engagement politique?
C’est dans les gènes. Mes deux grands-pères étaient déjà actifs en politique au niveau local. Ma mère, surtout, m’a donné l’exemple de l’engagement public, d’abord associatif, puis au conseil communal, à la mairie, et ensuite au Parlement. De mon côté, je me suis engagé dès l’âge de 18 ans au PCSI, en commençant par coller des affiches lors de campagnes. Ensuite, j’ai eu l’opportunité de remplacer ma marraine qui souhaitait remettre le secrétariat du groupe parlementaire après plusieurs années. À 20 ans, j’ai ainsi pu me lancer dans la politique cantonale, comme secrétaire du groupe parlementaire PCSI.
Quelques années plus tard, le ministre PCSI de l’époque, M. Schaffter, m’a proposé de postuler comme secrétaire de département, dans le cadre d’une réorganisation. J’ai été nommé et j’ai commencé à 50% en 2005, comme secrétaire de département de l’Environnement et de l’Équipement.
Mes fonctions électives ont été une parenthèse… J’ai déménagé à Courroux en 2005 et un siège au conseil communal se libérait sans viennent-ensuite. J’ai donc été pendant deux ans à l’exécutif de Courroux, en charge de l’urbanisme. Une belle expérience, qui forme aussi à la gestion des conflits. Quand on a 26 ou 27 ans, ce n’est pas toujours une mince affaire. Mais nous avions une belle équipe. J’ai abandonné cette fonction élective dès le moment où j’ai été élu secrétaire du Parlement.
Le secrétaire du Parlement se doit d’être au service de tout le monde. Donc, à partir de mon élection à ce poste, j’ai quitté les assemblées de parti, les comités, j’ai pris de la distance avec la vie partisane, tout en restant dans les coulisses de la politique, ce qui a aussi beaucoup d’intérêt. Depuis 2008, j’accompagne la politique, j’aide les élues et élus à formuler leurs idées, à prendre leurs décisions. En tant que chancelier, on peut aider à appréhender les défis, à présenter les enjeux, sans prendre soi-même les décisions. Et soutenir le bon fonctionnement des institutions, c’est un enjeu passionnant et gratifiant.
Quelle est votre situation familiale aujourd’hui?
Je suis marié depuis un peu plus de 10 ans avec Gabrielle, infirmière de formation, qui s’est mise aussi un peu à la politique à cause de moi. J’ai deux enfants: une fille de 10 ans et un petit garçon de six ans. Donc, encore jeune papa… ou vieux papa, je ne sais pas trop ce qui est le plus juste! (rires)
Quelle est votre activité favorite en famille?
Quand nous sommes libres tous les deux, une fois les courses et le ménage terminés, nous aimons nous promener, que les enfants puissent se dépenser dehors quand il fait beau, autour de chez nous, dans les environs. En fonction du temps, nous marchons ou nous prenons les trottinettes. Les jours de mauvais temps, nous faisons désormais des jeux de société… Un divertissement mais aussi un moyen d’apprendre à perdre, ce qui est très important pour les enfants. Nous jouons aussi à des jeux d’équipe coopératifs.
Votre promenade préférée?
Il y en a beaucoup à recommander. Près de chez nous, le sentier botanique à Vermes. Et si vous aimez les dénivelés, le Rétemberg, au-dessus de Vicques, pour se promener sur la crête. Enfin, si vous préférez les trottinettes et le plat, la plaine de Bellevie entre Courroux et Vicques offre aussi de nombreux chemins intéressants et faciles à découvrir.
Et si vous aviez plus de temps libre?
C’est une bonne question – purement théorique! (rires) Lire plus. Des livres qui font réfléchir sur le monde. Des biographies aussi, de temps en temps. Et puis de la fiction pour se détendre. Peut-être aussi voyager davantage, découvrir le monde. J’ai pu visiter quelques pays dans le cadre de mes fonctions mais il me reste encore pas mal d’endroits à explorer. Le temps libre, c’est quelque chose de précieux.
Selon vous, quels sont les avantages uniques de la Vallée?
Je pense que nous sommes sur un axe bien situé, à proximité du Plateau suisse et de Bâle. Et puis surtout, nous avons des communes qui collaborent et qui se développent ensemble, même s’il y a encore quelques défis. L’agglomération de Delémont, c’est une belle chose et il y a un vrai intérêt de développement commun, qui se traduit dans les transports publics : depuis le Val Terbi, je bénéficie de correspondances toutes les 20 minutes. C’est agréable.
Quel est l’horizon temporel qui pilote votre action?
C’est malheureusement trop souvent la semaine (rires). Mais la temporalité qu’on doit avoir dans le développement des politiques publiques est plutôt dans un horizon de 10 à 15 ans, en incluant les cinq ans du programme de législature. Nous nous faisons malheureusement toujours rattraper par les horizons à courte vue – parce qu’il y a des urgences à régler, des choses qui changent, des éléments extérieurs qui viennent perturber la planification à moyen terme.
Quel serait le changement au niveau fédéral qui changerait tout pour le Jura?
Au-delà de la péréquation financière, je pense qu’il y a une répartition des activités sur le territoire national sur laquelle il faudra un jour vraiment réfléchir. On concentre encore aujourd’hui beaucoup d’investissements – y compris fédéraux – dans des centres déjà très urbanisés, saturés en termes de mobilité et de logement. Et à l’inverse, on nous impose des règles, notamment en matière d’autofinancement des transports publics, qui nous obligent à réduire l’offre.
C’est le serpent qui se mord la queue : on baisse encore l’attractivité des régions périphériques, tout en continuant à concentrer les moyens là où c’est déjà saturé – l’Arc lémanique, Zurich – alors que nous avons de la place chez nous pour accueillir aussi des habitants et du développement économique.
Les principaux défis du canton en 2050?
En 2050, j’imagine un territoire restructuré, avec une administration modernisée et des partenariats canton-communes repensés. Et surtout, un canton qui aura su jouer sa carte – une qualité de vie préservée, une capacité d’innovation et des forces de travail mieux valorisées.
Nous avons des entreprises riches d’un savoir-faire et d’une capacité d’innovation extraordinaires, pas toujours suffisamment connues. Aussi, plutôt que d’attirer des entreprises de l’extérieur, je pense que nous devons surtout développer celles qui existent déjà en trouvant de nouveaux créneaux pour notre savoir-faire. Donc, la vraie question est celle de la diversification: diversifier les marchés, bien sûr, mais aussi diversifier le type de travail que nous pouvons offrir chez nous, le numérique, anticiper en fonction des métiers d’avenir, orienter notre formation en conséquence.
Propos recueillis
par Clément Charles