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Pharmacies: une formation pour repérer les violences domestiques

Dans La Vallée comme ailleurs, le personnel de pharmacie peut servir à l’officine des victimes de violences domestiques. Pour lui permettre de détecter les signes de maltraitance tout en redirigeant les personnes vers le réseau d’aide, une formation en ligne a été lancée en mai dernier. Bilan dans des pharmacies de notre district, après l’ouverture du second module.

© Crédit: Coop Vitality de Delémont

DISTRICT

Dans La Vallée comme ailleurs, le personnel de pharmacie peut servir à l’officine des victimes de violences domestiques. Pour lui permettre de détecter les signes de maltraitance tout en redirigeant les personnes vers le réseau d’aide, une formation en ligne a été lancée en mai dernier. Bilan dans des pharmacies de notre district, après l’ouverture du second module.

La formation, développée par le Bureau vaudois de l’égalité, a été reprise par tous les cantons romands et adaptée à la réalité locale. Dans le Jura, son actualisation a été réalisée par Leïla Hanini, Déléguée à l’égalité entre femmes et hommes, avec le soutien de PharmaJura, la société des pharmaciens du Jura, ainsi que Nicole Wagner, pharmacienne cantonale. Le cursus se compose de trois modules, tous en ligne. Le premier, débuté en mai de l’année dernière, concerne les violences domestiques en général.

«Le premier module est complet et détaillé», déclare Madeleine Juillard-Schaller, pharmacienne responsable de la pharmacie Coop Vitality de Delémont. Ici, l’équipe actuelle de cette enseigne.
Crédit: Coop Vitality de Delémont

Comprenant définitions, textes de lois, adresses utiles et informations pratiques, il vise à fournir aux pharmaciens et assistants en pharmacie des outils pour détecter les signes de violence, adopter un comportement adéquat face aux personnes ayant potentiellement besoin d’aide et les rediriger vers les associations ou institutions dédiées.

«La pharmacie est un bon point de départ pour venir en aide aux victimes de violences car elles s’y rendent a priori souvent et pour des motifs en lien avec les violences. Pourtant, elles ne demandent pas d’aide spécifique parce que la thématique reste très taboue, ou par peur d’éventuelles représailles. Le personnel d’officine quant à lui, s’il soupçonne des violences, ne sait généralement pas comment aborder le sujet ni même quoi faire si la personne se livre. Nous espérons que cette formation apportera les connaissances et les outils nécessaires afin que les pharmaciens et assistants en pharmacie soient la porte d’entrée vers le réseau d’aide et de prise en charge.»

explique Leïla Hanini

Les spécificités des personnes âgées 

Le second module, lancé au début du mois de décembre 2025, concerne en particulier les violences envers les personnes âgées. Pourquoi cette thématique? Selon Leïla Hanini, «les chiffres montrent qu’il y a une recrudescence des violences domestiques au passage à la retraite, car c’est un changement de vie significatif». Or, souligne-t-elle, les signes de violences chez les personnes plus âgées ne sont pas forcément les mêmes que chez les jeunes.

La Pharmacie du Val Terbi, à Courroux, a également pris part à cette formation.
Crédit: Pharmacie du Val Terbi

Mais surtout, précise-t-elle, «il peut y avoir un phénomène d’âgisme: le fait de minimiser les signes de blessures physiques en s’imaginant que la personne est probablement tombée à cause d’une perte d’équilibre, ou de discréditer sa parole en supposant qu’elle radote ou se plaint sans fondement». 

Ce second module aborde, comme le premier, la définition et la description des différents types de violences, les signes spécifiques à cette tranche d’âge, différents outils pour accueillir le témoignage d’une personne et finalement, la rediriger vers le réseau.

«Les personnes âgées représentent une part importante de la population, il semblait nécessaire de leur consacrer un module»

souligne encore la Déléguée à l’égalité.

Hervé Voirol, porte-parole de PharmaJura pour la formation, est par ailleurs très enthousiaste. Ces modules, selon lui, s’inscrivent pleinement dans la réalité et répondent à un véritable besoin.

«Lorsque le projet a été présenté aux membres de PharmaJura, il a été très bien accueilli. En effet, le thème des violences domestiques n’est que peu ou pas abordé durant le cursus professionnel, alors qu’il s’agit d’une problématique à laquelle nous pouvons être confrontés à l’officine.»

Convaincu, il ajoute encore que «participer à la formation est très positif, car cela nous permet de nous sensibiliser à nouveau à notre rôle d’acteur de la santé publique».

Le contenu des modules devrait évoluer au fil du temps. «C’est une formation vivante, qui sera forcément modifiée en fonction de la réalité de terrain ainsi que du réseau vers lequel rediriger les victimes», renchérit Leïla Hanini.

Une contribution financière jugée inappropriée

Le Jura comprend actuellement 24 officines. Cinq pharmacies du district ont participé au premier module. Contactés, plusieurs professionnels souhaitant garder l’anonymat déclarent avoir beaucoup apprécié la formation, tout en déplorant que son financement soit à la charge des établissements eux-mêmes.

La Pharmacie du Val Terbi, à Courroux, a également pris part à cette formation.
Crédit: Pharmacie du Val Terbi

«Les pharmacies déboursent 110 francs par collaborateur et par module, ainsi que les heures salariées pour y participer, ce qui représente environ une demi-journée. PharmaJura contribue, pour sa part, à hauteur de 30 francs par personne provenant des cotisations versées par ses membres. Au final, ce sont donc les pharmacies qui paient la formation. Compte tenu du fait qu’il s’agit d’un service à la population, cela semble inapproprié. Même si nous sommes convaincus qu’acquérir des compétences à ce sujet est utile, nous sommes des entreprises et nous devons prendre cela en considération.» 

déclare l’un des pharmaciens consultés

Un problème qui a été identifié par les autorités, qui ont développé une offre pour le second module. «Afin de favoriser l’accès à cette formation, la Déléguée à l’égalité finance entièrement les 60 premières inscriptions, annonce Hervé Voirol. Pour garantir une répartition équitable, cette prise en charge est limitée dans un premier temps à deux personnes par pharmacie. Selon les places restantes, l’inscription pourra ensuite être élargie.»

«Aborder cette thématique est indispensable»

Hormis cette ombre au tableau, les professionnels de pharmacie interrogés se disent satisfaits du contenu de la formation et la jugent utile. Pour Pierre-Nicolas Jakubczak, pharmacien responsable de la Pharmacie du Tilleul, à Delémont, «aborder cette thématique est indispensable et logique pour le personnel d’officine». En effet, il s’agit selon lui d’un lieu privilégié:

La Pharmacie du Val Terbi, à Courroux, a également pris part à cette formation.
Crédit: Pharmacie du Val Terbi

«Dans une petite région comme la nôtre où les pharmacies sont des établissements de proximité, nous connaissons souvent très bien nos clients, qui plus est les seniors qui doivent venir régulièrement pour la prise en charge de leur semainier. Les gens nous font confiance et seront vraisemblablement plus enclins à se livrer à propos d’un sujet aussi délicat que les violences domestiques. De plus, chaque établissement dispose d’un espace de confidentialité vers lequel nous pouvons inviter une personne à nous suivre pour un dialogue plus ouvert, en toute discrétion. La pharmacie est donc un contexte favorable pour se confier.» 

Quoi qu’il en soit, les personnes victimes de violences ne se livreront pas d’elles-mêmes. La formation vise ainsi à fournir les outils et les démarches nécessaires pour ouvrir le dialogue et renseigner.

«Le premier module est complet et détaillé. Il permet de réaliser que certaines situations révèlent une problématique, alors qu’on ne le soupçonnerait pas de prime abord. Des clientes peuvent par exemple venir régulièrement en formulant des demandes peu claires, et cela peut nous alerter.» 

déclare Madeleine Juillard-Schaller, pharmacienne responsable de la pharmacie Coop Vitality de Delémont

Définir tous les types de violences est donc une première étape en soi, selon Patricia Picht, pharmacienne responsable de la Pharmacie du Val Terbi, à Courroux.

«En tant que professionnelle, il est utile de connaître les différentes formes de violences et les signes que l’on pourrait détecter. Mais aussi, comment réagir et comment dialoguer pour que les personnes ne se ferment pas, pour accueillir leur parole et vers qui les diriger pour une prise en charge ou un soutien.»

«Être prêt au cas où»

Pour qu’au moins une personne formée soit généralement présente à l’officine, chaque établissement participant est invité à inscrire deux collaborateurs au minimum, qu’il s’agisse de pharmaciens ou d’assistants en pharmacie.

«La thématique est lourde, c’est pourquoi le choix de suivre la formation doit venir des collaborateurs eux-mêmes, à Delémont. La proposition a été très bien reçue et plusieurs employés ont participé. Quoi qu’il en soit, la profession relève d’une certaine empathie, si bien que le plus important est d’ouvrir l’ensemble de l’équipe à ce sujet afin que même quelqu’un qui n’aurait pas suivi la formation puisse faire appel à un collègue formé.» 

précise Pierre-Nicolas Jakubczak
«Le premier module est complet et détaillé», déclare Madeleine Juillard-Schaller, pharmacienne responsable de la pharmacie Coop Vitality de Delémont. Ici, l’équipe actuelle de cette enseigne.
Crédit: Coop Vitality de Delémont

Même si Pierre-Nicolas Kabuczak, à Delémont, n’a jamais détecté de tels signes de violences au cours de sa carrière, il juge indispensable que le personnel de pharmacie soit sensibilité à la thématique:

«Ce n’est pas parce qu’on n’a jamais vécu cette situation à l’officine qu’il ne faut pas être prêt au cas où!» 

Des objectifs encore à atteindre

Hervé Voirol, pharmacien représentant de PharmaJura et responsable des inscriptions, indique que les professionnels peuvent suivre un seul ou les trois modules, sans forcément commencer par le premier. Deux modules étant déjà en ligne, ceux-ci peuvent s’inscrire en tout temps.

L’objectif articulé par les initiateurs de la formation est qu’au moins trois employés par officine aient suivi au minimum un module d’ici au mois de mai 2026. Fin décembre, un premier bilan a été dressé: 36 personnes s’étaient inscrites au premier module et au moins une pharmacie par district avait atteint l’objectif de former trois personnes, sans compter le district de Moutier. Les inscriptions au second module sont encore timides.

«Le bilan est bon. Nous allons continuer à suivre l’évolution des inscriptions et rappeler régulièrement l’existence des formations, avec l’aide de la Pharmacienne cantonale et du représentant de PharmaJura, affirme Leïla Hanini. Nous savons que la période hivernale est très chargée et nous attendons une nouvelle vague d’inscriptions prochainement.»

Claudine Miserez

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