COURCHAPOIX
Dans le cadre de son travail de master, la Jurassienne d’origine Giliane Barthe s’est interrogée sur la place du corps dans les procès de sorcellerie au 17e siècle. Elle en a tiré un livre intitulé Le corps jugé. Rencontre.
La sorcellerie ne cesse de fasciner. Envoûtement, possession, exorcisme, sabbat, pacte, procès… On a plus ou moins tout dit, vu et entendu sur le sujet. Et pourtant, c’est en privilégiant une autre approche que la native de Courchapoix Giliane Barthe s’est emparée du thème de la sorcellerie dans son livre Le corps jugé. Tout est dans le titre: le corps comme instrument du diable, et en particulier celui des femmes. Le corps de la sorcière, considéré à la fois comme le récepteur et le transmetteur de sortilèges, et cela à une époque où les procès de sorcellerie sont monnaie courante. «Je suis partie sous cet angle de recherche après avoir lu des extraits de procédures judiciaires et remarqué que la thématique du corps était omniprésente au cours des procès et des affaires de l’époque. Nous avons par exemple accusé une sorcière d’avoir fait périr du bétail après l’avoir uniquement touché, ou encore quelqu’un serait tombé malade à cause du simple souffle d’une sorcière…», nous explique l’auteure qui, il y a quelques années, avait découvert le livre Grimoires et secrets du prêtre exorciste de Courtételle Georges Schindelholz dans la bibliothèque de sa grand-mère.
Aveux sous la torture
La chercheuse de 30 ans a voulu ancrer son exposé dans les récits locaux.
«M’intéressant à la sorcellerie et plus particulièrement à ce qui s’est passé dans la région, j’ai toujours voulu réaliser un travail plus conséquent sur le sujet. C’est pourquoi j’ai choisi cette voie pour mon travail de master et j’ai pour cela fouillé dans les archives de l’ancien Evêché de Bâle à Porrentruy. Dès lors, j’avais également l’envie de parler du Jura».
Alors, que révèle cet ouvrage qui met le corps des sorcières au cœur de son propos? Si celui-ci était perçu comme l’outil du diable et le transmetteur du malin à ses futures victimes, la notion de contact est omniprésente. Et cela autant dans les témoignages, les recherches de la justice qu’au moment des aveux. «On obtenait des aveux sous la torture, et cela passait par la douleur physique, le but étant d’absolument de détruire le malin. Toutefois, sans cette douleur physique, la personne n’aurait probablement pas “avoué”. C’est dans la douleur qu’on obtenait la vérité et le corps était un outil pour y parvenir», développe Giliane Barthe. Publié par les éditions Alphil et la Société jurassienne d’Emulation, cet ouvrage a nécessité un véritable travail d’enquête de la part de son auteure. Celle-ci a obtenu, en 2022, le prix Kunz décerné par la Société d’histoire et d’archéologie du Canton de Neuchâtel.
Pour ne pas oublier
Ce qui a trait à la sorcellerie suscite généralement la fascination, mais tout n’aurait pas encore été dit sur ce thème. «Les gens s’intéressent à cette thématique, à ses secrets et ses histoires… Il y a ce côté mystérieux d’une ancienne époque durant laquelle les gens étaient accusés de plein de choses folles! Ces histoires sont populaires, et en s’y intéressant de plus près, nous sommes toujours en quête de vérité, nous essayons de trouver des réponses et de comprendre. Et puis, au final, nous n’arrivons à satisfaire notre curiosité que partiellement, nous en ressortons quelque peu déçus tout de même car nous n’avons pas répondu à toutes nos questions…. Aussi, il faut en parler afin que l’on n’oublie pas ce que les gens ont vécu à cette époque», conclut la chercheuse.
Romain Gogniat