BOECOURT
Anaïs et Jean-Noël Liechti partagent bien plus qu’un nom. Père et fille se retrouvent derrière les platines, mêlant leurs univers dans un projet commun. De la scène techno des années 1990 aux premières soirées d’Anaïs, leur parcours raconte une transmission.
Jean-Noël Liechti a 55 ans. Installé à Séprais, il travaille comme gestionnaire informatique. Bien avant sa carrière professionnelle, la musique occupait déjà une place importante dans sa vie.
«J’ai suivi une formation un peu classique, flûte, violon, saxophone, quand j’étais gosse»
raconte le Jurassien.
Durant son adolescence, ses goûts ont évolué vers des univers alternatifs, notamment le rock et les musiques expérimentales. Étudiant en lettres à Lausanne, il a fréquenté les scènes musicales de la région, notamment le club alternatif Dolce Vita. En parallèle, il a participé à l’organisation de concerts avec une petite structure appelée Zélig.
«Dans ce cadre, j’ai connu plein d’amis jurassiens passionnés de musique très électronique.»
Après ses études, celui-ci a travaillé durant plusieurs années dans un magasin de disques, une expérience qui a renforcé son immersion dans le milieu musical.
Dans les années 1990, Jean-Noël Liecht a découvert la scène électronique. Avec des amis, il a participé à la création du label jurassien Mercurochrome et organisé différentes soirées, souvent dans des lieux atypiques. «Nous avons fait pas mal de fêtes sauvages», sourit notre interlocuteur. C’est aussi à cette période qu’il a commencé à investir dans du matériel.
«Mon premier salaire m’a payé mes premières platines. C’est encore les mêmes aujourd’hui.»
Une passion qui traverse les années
Avec le temps, la vie professionnelle et familiale a pris le dessus. Jean-Noël s’est progressivement éloigné de la scène musicale nocturne, même si la passion est restée intacte.
«À partir d’un moment, construire une famille… Cela m’a un petit peu éloigné de tout ça», confie-t-il.
Les nuits passées à mixer sont devenues plus difficiles à concilier avec le quotidien. Pourtant, les platines sont restées à la maison, jusqu’à ce que la période du covid ravive l’envie de les sortir. Jean-Noël décide alors de construire alors un meuble pour les installer dans le salon. «Ainsi, les gens en prennent possession», raconte le mélomane. Ce retour du matériel a marqué le début d’une nouvelle dynamique musicale portée par sa fille.

L’éveil musical d’Anaïs
Anaïs Liechti a 18 ans. Elle a grandi entre le canton de Vaud et le Jura, où elle a terminé sa scolarité. Aujourd’hui, cette dernière suit un apprentissage en graphisme à l’École d’art de Bienne. La musique fait partie de son environnement depuis l’enfance.
«J’ai des parents qui sont fans de musique. Toute mon enfance, j’ai beaucoup écouté de musique, un peu tous les styles.»
Elle explore différents univers musicaux, du rock au rap en passant par la pop. Elle essaie aussi quelques activités musicales comme la chorale ou la flûte, sans s’y investir longtemps. Le déclic arrive lorsqu’elle découvre les disques et les platines familiales.
«Au début, je trouvais ça juste un peu stylé, parce que c’était vintage»
raconte-t-elle.
Elle commence alors à écouter les vinyles, à comprendre leur fonctionnement et à s’intéresser à la construction des morceaux. «Maintenant, je passe beaucoup de temps à chercher de la musique.» Le DJing change même sa manière d’écouter:
«Quand je découvre des nouvelles choses, j’analyse les rythmes et je me demande quand je pourrais passer ça dans un set.»
Ses premiers pas derrière les platines se font grâce à sa marraine, également DJ, qui l’encourage à mixer lors d’événements.
«C’est elle qui m’a proposé de mixer avec elle dans un événement en plein air»
se souvient Anaïs.
Une transmission naturelle
Le projet commun entre Anaïs et Jean-Noël ne naît pas d’une stratégie précise, mais d’une succession de rencontres.
«Dans notre famille, on ne s’est pas dit un soir: “tiens, on va faire un projet ensemble” Ce sont les gens qui ont trouvé l’idée sympa et qui nous ont proposé.»
raconte Jean-Noël.
Le concept d’un duo père-fille séduit certains organisateurs. Ensemble, ils mixent lors de plusieurs événements, notamment lors du Rock’R Sauvage à Porrentruy. Leur manière de mixer repose sur un principe simple. «On fait du ping-pong: chacun passe un disque à tour de rôle», explique le papa.
Leurs univers musicaux se complètent. Jean-Noël apporte son expérience et son goût pour la musique électronique, tandis qu’Anaïs propose une approche influencée par le rap et les sonorités actuelles. «Moi j’ai plutôt un background électro», précise le père. Sa fille confirme:
« À ce moment-là c’était plus rap, mais maintenant je me tourne aussi vers l’électro.»
Pour Jean-Noël, l’intérêt d’un set réside dans cette diversité.
«Je m’ennuie dans un set techno à 120 BPM du début à la fin. Je préfère quelque chose avec des cassures et des ambiances différentes.»
Plus qu’un projet musical, leur collaboration devient un espace d’échange et de transmission. Entre les souvenirs des raves des années 1990 et les découvertes d’Anaïs, les platines des Liechti continuent de tourner, preuve que la passion musicale traverse les générations.