DELEMONT
Son œuvre sera-t-elle bientôt diffusée dans les salles obscures? Amateur de cinéma, Léo Oberli, 24 ans, retrace pour nous son parcours, depuis ses premiers pas au théâtre jusqu’à la préparation de son premier court-métrage.
Lors de son passage au sein de l’association À Part Entière, à Delémont, qui permet une année de césure aux jeunes, Léo Oberli a eu l’opportunité de réaliser son court-métrage et de le présenter au grand public lors d’un événement organisé par son école. Le jeune homme originaire de Bonfol envisage désormais de le soumettre aux salles de cinéma.
Devenir facilement cinéaste
Le jeune Jurassien s’est découvert une passion pour les films très tôt. «Cela vient de mes parents, qui ont eu la “merveilleuse idée” de me faire découvrir Jurassic Park et Le Seigneur des Anneaux quand j’avais quatre ans.» Un choix qu’il remet en question en souriant, conscient que ces œuvres n’étaient pas forcément adaptées pour un si petit enfant. Cependant, cela n’a pas freiné sa passion.
«Quand on aime le cinéma, on regarde tout, défend le jeune homme. Puis, un jour, j’ai découvert Internet et j’ai réalisé que je pouvais me lancer moi aussi. Pour réaliser un film, il n’est pas nécessaire d’avoir une maison de production ou du matériel de pointe. Il suffit d’avoir quelque chose pour filmer et de la motivation.»
Ce qui avait commencé comme de simples vidéos partagées a évolué en un contenu de plus en plus élaboré. «À mon avis, Internet a révolutionné le cinéma, affirme Léo. On pouvait déjà créer ce qu’on voulait, mais si l’objectif était de montrer son film au public, il fallait passer par des professionnels. À présent, tu peux te lancer et bâtir une belle carrière.»
Du théâtre à la figuration
Léo débute les cours de théâtre à l’école primaire. «Lors d’un spectacle, on m’a dit que ma performance était désastreuse, ce qui était logique, puisque j’avais huit ans…» Pourtant, le jeune garçon déploie de la motivation pour aller plus loin. «À 13 ans, j’ai rejoint la troupe jeunesse de Lydia Besson et participé au Camp Théâtre, à 15 ans.» À la fin du collège, Léo doit choisir sa voie pour la suite de ses études.
«J’ai fait une pause de deux ans avec le théâtre. À ce moment-là, j’entamais un CFC qui s’est mal terminé. J’ai alors décidé d’aller à l’Ecole de culture générale et de reprendre le théâtre. Nous avons monté différentes présentations pour le public.»

Cette expérience lui a ouvert la voie pour se rapprocher du cinéma. «Pendant ces années, mon professeur de français, Mathieu Grégoire-Racicot, m’a proposé de faire partie du jury du Delémont Hollywood, explique Léo. C’était lui qui s’occupait de l’organisation de l’événement, et j’ai tout de suite accepté. J’y ai donc participé en 2022 et 2023. J’avais ce rôle de juge du cinéma suisse, ce qui m’a permis de travailler mon analyse et ma critique.» Léo progresse également pas à pas vers les plateaux. «Un jour, mon professeur de théâtre m’a demandé si je voulais jouer dans la série Les Indociles, se souvient Léo. Je me suis présenté au casting, mais je n’ai pas eu le rôle. Alors j’ai fait de la figuration sur quelques tournages.»
Après l’Ecole de culture générale, le Jurassien décide d’explorer de nouveaux horizons.
«J’ai passé une année à A Part Entière, dont le projet de fin d’année était la réalisation d’un film. L’idée était que les élèves produisent et présentent leurs films lors du festival de la Danse sur la Doubs.»
L’histoire d’Enio et de sa solitude
Léo a donc eu deux mois pour produire son court-métrage. «Il s’agissait d’une idée vague qui a évolué au fil du temps. Grâce à l’école À Part Entière, j’ai eu l’occasion de donner vie à cette idée avec du bon matériel. J’ai commencé par ce que tous les réalisateurs vivent: la réécriture du script. J’ai dû rendre cohérente une idée que j’avais pour une série, en un court ou un moyen-métrage.»
Le script garde un thème constant tout au long des réécritures. «Mon projet, L’île, aborde le sujet de la solitude. Je voulais montrer comment mon personnage, Enio, la vivait et comment cela pouvait affecter sa vie sur trois plans: le travail, l’amour et l’amitié.» Tout le monde doit pouvoir s’identifier à son personnage principal.
«Enio est un protagoniste passif dans cette histoire, explique encore Léo Oberli. Il subit les événements jusqu’à ce qu’il ait une véritable discussion avec son meilleur ami, ce qui le rendra actif. C’est à ce moment-là que ce personnage décide de prendre en main sa vie. Il ne s’était pas rendu compte qu’une grande part de sa solitude venait de lui-même. Il s’isolait.»
Un film réalisé avec les moyens du bord
Le film L’île sera réalisé en grande partie par Léo lui-même. «C’est mon bébé avant tout. J’y ai donc glissé quelques références à mes œuvres favorites: Hold Boy, qui est mon film préféré, où la solitude est comparée aux fourmis, et L’Étranger de Camus, en détournant une réplique pour l’adapter à mes personnages: lorsque sa copine lui fait part de ses sentiments, Enio ne répond que par un merci, ne sachant pas comment réagir face à des émotions qui lui sont étrangères. »
Léo utilise l’image pour transmettre des émotions au public. «Le personnage d’Enio est très mal filmé. Ce choix vise à montrer au public la perception qu’Enio a de lui-même. Il se sent laid et incompétent, donc le plan sera également laid et incompétent.» Le degré de dégradation de l’image suivra le personnage d’Enio tout au long de l’histoire. «Il y a une scène particulièrement laide, dit Léo. C’est lorsque Enio est au plus bas. À ce moment-là, l’image et le son sont très dégradés, et un bruit parasite accompagne toute la scène.» En revanche, les autres personnages sont mis en valeur. «Les personnages secondaires sont, quant à eux, valorisés, précise notre jeune cinéaste. Ils brillent dans la vie d’Enio, même s’il est incapable de l’exprimer.»
Cette inspiration pour ces plans dégradés provient en grande partie du travail d’Alan Resnik. «Je pense qu’il y a une petite inspiration d’Internet dans ces plans, confie Léo. J’ai utilisé des caméras de moindre qualité afin d’obtenir ce rendu authentique. Dans le cinéma classique, cela serait considéré comme inesthétique, mais dans la culture Internet, cela ajoute une touche nostalgique des années 2010, avec ce côté brouillon et fait maison.» Un sentiment que Léo souhaite transmettre à travers son film.
Une île ouverte au public
Depuis la première projection, Léo examine chaque défaut de son film et continue de réécrire la vie d’Enio. «J’aimerais ajouter des éléments à mon histoire, confie-t-il. La relation entre Enio et sa copine évolue trop rapidement et j’aimerais lui laisser plus d’espace. Je souhaite également développer davantage les personnages secondaires. Je réaliserai donc probablement une “Final Cut”.» Il doit aussi s’assurer que le film puisse sortir sans problèmes. «Je dois encore vérifier les droits d’auteur de la musique, explique-t-il. J’ai produit la musique avec un ami, et nous devons encore trouver un accord qui convienne à chacun.» Cependant, la sortie de L’île est sur la bonne voie, et Léo est impatient de le faire découvrir, tout comme ses futures créations. «Je n’en suis qu’à l’étape du script. Pour l’instant, je prends mon temps, car je ne veux pas me précipiter sur un nouveau projet. Il y a plein de projets qui dorment, conclut Léo. J’ai hâte de proposer ma vision pour l’avenir. »
Léo Oberli, comme de nombreux artistes avant lui, a choisi de se lancer dans sa passion. Dans son cas, propulsé par le théâtre et Internet, il se dessine un avenir prometteur en tant que réalisateur.
«Si tu souhaites te lancer dans le cinéma, fais-le, encourage Léo. Tu as une caméra? Tu as des idées? Alors lance-toi, même si c’est imparfait. Tant que tu es fier de ton travail, c’est ce qui compte le plus. Grâce à Internet, tu peux partager tes créations avec le monde entier, que tu viennes du Jura ou du fond du Texas.»
Alexander Loncke