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Deux Vadais au cœur de la philatélie jurassienne 

Jean-Luc Meusy et Bernard Lachat partagent de nombreux points communs. Enfants de l’Ajoie, installés dans la Vallée pour la vie professionnelle, les deux compères retraités font battre le cœur de l’association philatélique qui a connu un succès historique en 2024 avec sa journée aéropostale sur les hauts de la Caquerelle. Portraits croisés.

© Victor Schweizer

GLOVELIER

Jean-Luc Meusy et Bernard Lachat partagent de nombreux points communs. Enfants de l’Ajoie, installés dans la Vallée pour la vie professionnelle, les deux compères retraités font battre le cœur de l’association philatélique qui a connu un succès historique en 2024 avec sa journée aéropostale sur les hauts de la Caquerelle. Portraits croisés.

Quoique basé dans la Vallée, le Club philatélique de Delémont, fondé en 1911, réunit presque tous les Jurassiens, étant désormais la seule structure du canton, en dehors des Franches. L’année passée, l’événement philatélique – avec un impressionnant vol d’avion d’époque et une émission de timbres spéciaux  – avait de loin dépassé les espérances des organisateurs, plutôt habitués à voir deux douzaines de passionnés que des centaines de curieux et d’amateurs ravis. 

En complément de la manifestation, la parution du livre 100 ans de voyage philatélique, 1924 -2024 La Sentinelle des Rangiers a permis, l’automne passé, de marquer le coup avec un moyen supplémentaire pour partager cette collection au plus grand nombre. Alors que le livre vient de recevoir son quatrième prix, ici décerné par le Cercle d’étude philatélique du Léman (CEPL), Jean-Luc Meusy, l’auteur, à Bassecourt et Bernard Lachat,à Vicques, respectivement président et vice-président du club, partagent avec nous leur passion dans le local judicieusement placé au Café de la Poste de Glovelier.

De Buix à la police jurassienne…

Né dans une famille de cinq enfants, Jean-Luc Meusy fait ses classes dans son village de Buix, au bout de l’Ajoie. «Mon institutrice est partie quelques années au Cameroun. Elle nous envoyait des cartes postales avec de beaux timbres, très colorés et très riches en détails, que je gardais.» Après un apprentissage à Tornos de Moutier, bien noté au service militaire, le jeune homme grade et se voit proposer une position d’instructeur à l’armée… en même temps qu’un poste à la police jurassienne. Bien décidé «à servir son pays», il choisit le Jura et fait partie de la première volée de la police jurassienne en 1980, travaillant ensuite à Delémont pendant presque 30 ans.  

Côté privé,  Jean-Luc Meusy a toujours été «très famille, notamment avec mes grands-mères, notamment la maternelle qui est venue à 100 ans. Mais depuis ses 60 ans, j’étais chargé par ses enfants d’organiser ses anniversaires. Pour ses 80 ans, j’ai préparé une exposition qui mettait face à face des cartes postales anciennes et des photos récentes aux mêmes lieux». L’intérêt pour sa présentation à une fête de famille avec une centaine de personne présentes, faisant remonter plein de souvenirs et de discussions, sert de déclic au jeune policier qui se décider à prendre le relai en continuant cette collection de cartes postales, une passion qui le mène naturellement à la philatélie et aux archives postales. 

Tournée suivante en 1988. Jean-Luc Meusy est devenu un collectionneur éclairé, passionné par l’histoire postale jurassienne. Visitant son oncle à Bassecourt régulièrement, il passe souvent devant la sentinelle des Rangiers… qui l’intrigue, l’inspire puis le passionne. Le Fritz, «dans toute sa splendeur, dans toute sa complexité» devient donc son autre sujet de prédilection. 

De la biologie des eaux à la philatélie des machines 

Né en 1953 , Bernard Lachat commence par découvrir un trésor d’enfants. «J’avais retrouvé quelques vieilles lettres dans les cartons de souliers que la parenté avait gardés», se souvient le résident de Vicques.

«J’ai commencé ma collection, un peu à la mode “Panini”, en achetant ce qui sortait de nouveau. J’allais voir régulièrement le postier, qui me préparait un timbre neuf et un oblitéré des nouveautés.»

Hobby sans être déjà une passion, cette collection n’était qu’une des activités de la belle enfance jurassienne de l’époque, avec une vraie application scolaire et une vie libre «buissonnière» le reste du temps. Justement, c’est en roulant à vélo quotidiennement sur les bords de nos ruisseaux – un jour à sec, un autre débordant sur la route – que Bernard Lachat a eu les premiers frémissements de son orientation académique (la biologie), et une partie de sa future pratique. 

En effet, avec d’autres associés, le biologiste fut l’un des pionniers de la renaturation des cours d’eau, ayant créé Biotec, un bureau d’ingénieur spécialisé, dans «les méthodes de stabilisation des talus, des berges de cours d’eau à l’aide de végétaux, pour faire des choses le plus naturelles possible». Encore active aujourd’hui, l’entreprise a réalisé des projets dans toute la Suisse et la France:

«Nous avons rayonné partout… Je crois être un des seuls Jurassiens à avoir travaillé avec la marée et les eaux salées de la Loire à Nantes, par exemple». 

En complément de cette activité d’entrepreneur, le scientifique prend un poste d’enseignant. «Tous les Jurassiens qui sont biologistes et qui revenaient au Jura faisaient de l’enseignement», se souvient le professeur qui «a commencé par l’enseignement en 1979 quand l’école secondaire s’agrandissait».

Il faut attendre le début du millénaire pour que la philatélie revienne dans la vie de Bernard Lachat.

«Il y avait une exposition du Cub philatélique de Delémont en 2002, à l’aula du collège. Voyant que je m’intéressais à ses collections, le président d’alors, Amédée Roueche, m’a convaincu de rejoindre le club.» 

Des collections très thématiques et précises

On imagine souvent les collections de timbres des grands comme celles des petits: une réunion disparate de belles images. En fait, la vraie philatélie s’apparente plus à une démarche scientifique, entre histoire et archive, qui couvre un domaine très étendu, du tampon à l’enveloppe, de la marque d’affranchissement à l’histoire postale. Pour concentrer leurs moyens et développer leur expertise, les vrais collectionneurs se focalisent donc sur certains sujets précis. 

Pour Jean-Luc, si sa sentinelle occupe une grande partie de son temps et de ses étagères, il a élargi ses intérêt ces dernières années. «J’ai démarré une collection sur la ville de Delémont et sur le Jura historique, et j’ai aussi une collection de livres», explique le jeune retraité, qui s’intéresse aussi aux vignettes. «Il ne s’agit pas de timbres, donc les vignettes n’ont pas de valeur faciale utile, mais elles sont quand même vendues par des entreprises ou des associations», explique le collectionneur, qui se concentre sur «les vignettes militaires, mais exclusivement jurassiennes». 

Aventures philatéliques, entre science, concours et passion 

Quant à Bernard, sa curiosité l’a amené vers les cachets postaux, le tampon apposé par le postier pour oblitérer le timbre, voire simplement l’enveloppe. «Dans les années 1850, ces vieilles lettres n’étaient pas toujours affranchies avec des timbres, mais plutôt un petit cachet, très sympa, appelé “Fingerhut” (“dé à coudre” en français), qui couvrait complètement le timbre… On peut le trouver sur des timbres, des enveloppes, des formulaires postaux», explique l’ancien enseignant. 

«Mais les documents de cette époque-là sont souvent chers, et je n’avais pas les moyens pour les acheter… alors j’ai ramassé des choses qu’on trouvait dans les poubelles, soit des affranchissements mécaniques, qui n’étaient pas des timbres à coller. On appelle des empreintes de machines à affranchir, des EMAs. C’est ça qui m’intéressait et qui m’intéresse encore énormément. Et je fais de bons résultats avec ces collections. J’ai même décroché une médaille d’or en international à Copenhague.». 

Car cette passion amène souvent à des concours, qui répondent à une codification stricte. «La présentation d’une collection est rigoureusement la même partout. C’est-à-dire un cadre qui fait un mètre carré, en gros, dans lequel il y a 16 pages A4», expliquent les responsables de l’association, avec toute une hiérarchie de récompenses successives pour arriver aux sommets.

Réunissant des spécialistes des timbres, des «EMAs», mais aussi de l’histoire postale, ces expositions donnent lieu à de vraies «publications scientifiques», qui paraissent dans des revues spécialisées à travers le monde. C’est dans cette démarche de présentation au public le plus large que nos deux Vadais ont investi temps et énergie dans la manifestation de 2024. 

Une passion dans un monde électronique 

Et l’avenir? Quid des jeunes ou du digital? Alors que le volume de courrier baisse régulièrement, certains collectionneurs se tournent vers d’autres supports. «Le courrier postal est traité électroniquement et génère des marques postales, par laser, QR code ou webstamp. Ça transite par le service public, c’est fait par la Poste, donc ça a une signification au niveau de la philatélie», précisent les responsables de l’association. Côté relève, les plus jeunes membres ont environ 40 ans. «Ce sont souvent des gens qui ont collectionné quand ils étaient enfants, puis se sont arrêtés pour une raison ou une autre, puis reprennent.» 

Disponible et ouverte, l’association intervient aussi pour aider les familles à transmettre les collections reçues en héritage. Une activité de plus pour faire connaître leur passion et assurer la suite. «L’objectif, c’est vraiment le développement de la philatélie», confirment les deux passionnés.

Victor Schweizer 

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